52093 - Bilan en 1804 par Pierre METTRIER - Chalindrey

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Texte écrit par Pierre METTRIER (Maire de Chalindrey) le 7 juin 1804.


Arrondissement de Langres

Canton de Longeau

Commune de Chalindrey


Le village de Chalindrey est à huit lieues de Chaumont, deux de Langres et deux de Longeau.

Ce pays, jadis bien plus gros, est très ancien. Son église, autrefois sur une montagne voisine où est encore le cimetière, le prouve évidemment. Les habitants des villages voisins y venaient, même pour les sépultures. Le village d’Hortes, qui est à deux lieues de distance, y avait son cimetière, qui a été vendu il y a environ vingt sept ans. En le cultivant, on y a trouvé un bon nombre de cercueils de pierre fort curieux. Les uns étaient décorés d’armoiries fort anciennes, les autres renfermaient des squelettes qui avaient des pièces de monnaie entre les dents ou des fioles et des bouteilles auprès d’eux, ce qui ferait remonté jusqu’au temps du paganisme. Dans le cimetière acheté, il y a des tombes de structure gothique qu’on prétend être des chevaliers des croisades, parce qu’en ce temps là, il y avait un hôpital pour servir de décharge à la ladrerie de Grosse-Sauve, qui est à cinq quarts de lieue sur une chaussée des Romains.

Il y existait aussi une abbaye dite de Montinot à une demie lieue, ainsi qu’un ermitage et une huilerie qui ont été détruits par Galas et sa troupe de brigands. Il y a dans le pays, plusieurs individus qui passent pour sorciers, et qui ne le sont pas plus que les autres. On prétend que dans les siècles d’ignorance, leurs ancêtres ont été brûlés pour avoir été convaincus de sorcellerie. On assure que le ci-devant chapitre avait les pièces de cette ridicule procédure ; elle sont maintenant aux archives de la préfecture.

Les jeunes sont partis dès la première campagne pour le service de la patrie ; sur quarante au moins, plus de vingt sont morts pour la défendre.

Les habitants sont en général peu civilisés, laborieux, intéressés, cherchant à augmenter leur fortune par leurs peines, leurs travaux et leur industrie. Le luxe n’y était pas aussi fort que dans certains pays moins riches. Les divertissements sont les jeux de cartes, de boules, le but, qui finissent souvent par l’excès du vin aux cabarets.

Le village est composé de 180 feux, 12 écarts, quatre à une lieue, cinq à une demi lieue et trois à un quart de lieue.

Sont finage contient, en terre labourables, 3974 journaux ; en prairies naturelles, 601 fauchées ; en vignes, 1764 ouvrées ; en bois, tant à l’état qu’à la commune, 830 arpents ; en chènevières, 31 journaux et demi ; en vergers, 28 journaux et en jardins, 25 journaux et demi.

La seule montagne remarquable est celle du Cognelot sur laquelle plusieurs savants ont écrit. La pointe qui regarde l’est et qu’on nomme dans le pays « beauregard » offre un coup d’œil charmant dans les beaux jours. Des curieux sont venus admirer ce site agréable et riant. Le plateau, jadis en bois, ensuite en friche, a été rendu à la culture par différents habitants, qui se le sont partagé. Le prix de toutes les denrées et des grains est à peu près celui de Langres. Le prix de la journée, en hiver, 40 centimes, et en été, 60 centimes.


Règne minéral :

Il y a plusieurs pièces de terre dans lesquelles il y a de la mine de fer et plusieurs marnières. La montagne du Cognelot pourrait donner des carrières de pierres à bâtir. On s’en est servi pour construire le château du Pailly.


Règne végétal :

Les arbres les plus communs sont : le chêne, le saule, le tremble, le verne, le charme et le hêtre.


Règne animal :

Il y a dans la commune, 4 étalons, 120 hongres, 140 juments, 100 poulains, 2 taureaux, 24 bœufs, 190 vaches, 60 génisses, 100 porcs, 50 béliers, 600 moutons, 1100 brebis et 4 chèvres.


Population :

Nombre d’homme mariés ou veufs : 174

Nombre de femmes mariées ou veuves : 196

Nombre de garçons de tout âge : 236

Nombre de filles de tout âge : 261

Nombre de défenseurs de la patrie : 30

Total : 897

La population a augmenté depuis douze ans de plus de cent individus.


Administration religieuse :

Nous avons une succursale desservie par M. Rémi François TASSEL. L’église n’offre rien d’intéressant ; quoique la plus grande du canton, elle peut à peine contenir les paroissiens. Le presbytère a besoin de réparations ; le jardin est fort agréable.


Agriculture :

Le grain de terre est, selon les cantons, d’herbue, de marne, de taffond et terre noire ; on cultive beaucoup mieux qu’autrefois. L’engrais est le fumier et la marne. Le produit est par journal, de quatre à cinq quintaux de blé, quatre quintaux pour le méteil, quatre quintaux et souvent moins pour l’avoine. Les pois, lorsque l’année est favorable, font une grande aisance et un gros produit aux cultivateurs. Quand il n’y a point d’accident, la vigne peu rendre une feuillette l’ouvrée.


Les usines :

Il y a trois moulins à vent et deux moulins à eau.


Instruction publique :

On apprend à lire, à écrire, l’arithmétique, pendant l’hiver, une partie du printemps et de l’automne, quand les enfants ne sont pas occupés aux travaux champêtres. Il serait bien utile d’avoir une école de filles et instruite par d’autre filles, à cause de la grosse population.

Vu et certifié par le maire de Chalindrey, le dix-huit prairial an douze.

METTRIER, Maire
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