50532 - Saint-Pair-sur-Mer - baronnie 1680

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La baronnie de Saint-Pair

Publié intégralement dans Le Pays de Granville, 1909, p.122 et s..

par Le chercheur

Extrait du volume de la Chambre des Comptes No 5. Déclaration de temporel de la province de Normandie (cote 55, fournie en 1680).


« C’est la déclaration du revenu temporel de la royale abbaye du Mont-Saint-Michel au péril de la mer que baillent Messire Etienne Texier d’Hautefeuille abbé commendataire dudit lieu… tant de ce qui appartient à la manse abbatiale qu’à la masse conventuelle offices claustraux et petit couvent. »

On y lit, à propos de la Seigneurie de Saint-Pair sur la Mer, en titre de Baronnie, ce qui suit :

« Nous avons en ladite paroisse de Saint-Paer un ancien manoir présentement en ruine et avec plusieurs masures et maisons autrefois manables dont nous nous servions pour y tenir notre juridiction et y loger partie de nos grains. Et aujourd’huy notre manoir seigneurial se nomme Loyselière seiz paroisse Saint-Plancheys, auquel lieu nous avons quantité de maisons nobles, chapelles, escuries, celliers, greniers, chartries, pressoirs, estables, chambres, caves, galleries, le tout cloz et enfermé d’anciennes murailles avec pontlevis, colombier, jardins, terres labourables, prairies, estang, bois taillis sans tiers et danger pouvant le tout contenir 1200 vergées environ joignant d’un costé au chemin à aller dudit manoir à l’abbaye de la Luzerne, d’autre costé à la prairie estant le long d’une petite rivière ou ruisseau qui vient du Pont Roger à rendre audit manoir de Loyselière, butte d’un bout et d’un long à la sieurie et manoir du Bois de Préaux dépendant de notre dite baronnie. Et de laquelle, ladite sieurie et appartenances auroient été aliénées pour paiement de droits et subventions à condition de rachat perpétuel dès le deuxième jour de janvier 1564 à noble homme Pancrace Louvel, moyennant 1201 livres, et ensuite ladite sieurie remise par nous en vente le cinquième juin 1587 et adjugée à noble homme Guillaume Le Maistre, sieur de la noblerie pour la somme de 3300 livres… Ladite sieurie est présentement possédée par Pancrace de La Motte, écuyer, sieur du Pontroger. »

L’abbaye possédait encore deux moulins à eau dans la paroisse de Saint-Pair. « L’un est seiz proche l’église dudit lieu possédé par le sieur du Rainfray… L’autre que l’on nomme le moulin neuf[1] a esté par nous aliéné au profit de René Le Roussel, sieur de la Clozeie, a la charge de tenir de nous ledit moulin en nous en payant 60 livres de rente. Un troisième moulin qui est un moulin à vent pareillement aliéné de nostre dite baronnie et qui est possédé par les représentants du sieur de Grainville[2] qui nous en payent 5 sols de devoir féodal… Item nous avons droit de pêche dans la marre du Bouillon et es costes de la mer és endroits qui dépendent et sont dans l’enclave de nostre dite baronie mesmes à isles de Gerzay, Chauzay, et Grenezay… En oultre nous avons droit de cuillage[3] sur tous les bateaux petits et grands qu’on fait au havre de Granville et es autres endroits étant de la dépendance de nostre dite baronnie. Pour ce qui est deubt pour chaque vaisseau 5 sols ; mesme nous avons la dixme de tous les poissons qu’on vend en notre bourg de Saint-Paer et avons toutes trouvaires qui sont faites en la mer, lorsqu’elles sont amenées sur le rivage de nostre dite baronnie, et nous nous en saisissons sans que pour ce que nous soyons en obligation d’y appeler ou en donner avis aux officiers du roy ; et après le temps de droit nous les appliquons à notre profit sans autre formalité. Même nous sommes en droit de mettre en nos prisons et faire attacher aux ceps et colliers de nostre dite baronnie tous les malfacteurs qui sont pris ou arrestés sur nos dépendances, ou qui troublent nostre marché, pourveu qu’il n’y ait sang ni plaie ni clameur de haro, jusqu’à ce qu’on nous ait donné caution de nous les représenter… De plus les seigneurs possédant les vavassories ci-après déclarées nous en portent leur foi et hommages… sont obligés de garder la porte de nostre moustier étant armés de lances, casques, gantelets et autres armes durant un montant et retirant de la mer en nous maintenant de tout leur pouvoir dans tous les droits, franchises et libertés qui nous appartiennent dans l’étendue de la ditte baronnie. »


Parmi les vavasseurs de l’abbaye au XVII° siècle, on remarque :

Le Mercier, écuyer, seigneur de Granville, qui doit « huit quartiers de froment chaque année ». Pancrace de La Motte, écuyer, sieur de Pontroger, dont la redevance annuelle de 160 livres tournois doit être payée aux « sieurs du collège d’Harcourt ».

Le sieur de Coudeville, « fait le service de prévosté en la verge de Coudeville à ses dépens, périls et fortune ».

Pancrace Louvel, écuyer, seigneur de Lézeaux, doit le même service à Saint-Pair et au Désert.

La vavassorie de Longueville était possédée par les représentants de Christophe Marry, celle de Chantelou et de Saint-Martin par le sieur de Montgommery, celle de Granville par les sieurs de Granville et de Gouville, celle d’Anctoville par les représentants de Christophe de Sainte-Marie, celle de Donville par les dames religieuses de Mortain, etc…

Le sieur de Saint-Jean le Thomas, « auparavant qu’il se rendit criminel de lèse-majesté tenoit de notre dite baronnie les fiefs de Saint-Sauveur-la-Pommeraye et d’Icquelon[4]. »

A causse de sa baronnie de Saint-Pair, l’abbaye du Mont-Saint-Michel devait au roi le service « de trois chevaliers lorsque le ban et l’arrière ban de la province de Normandie est mandé. L’un des dits chevaliers nous est fourni par le sieur du Mesnildré à ses dépens et de ses soutenans, le second aux dépens du sieur de Montgommery et de ses soutenans et le troisième par le sieur du Pontroger auquel sont tenus d’ayder les tenans du fief de Cran et Saint-Aubin des Préaux. »

Il est dit dans cette déclaration qui fut présentée au roi le 1er juillet 1680 par Dom Jean Robiou, procureur général de l’Abbé, que le roi Charles confirma en Mars 1392 le don du fief de Bouillon fait à l’abbaye par la duchesse Blanche d’Orléans. Plus loin, on rapporte un arrêt du Parlement de Rouen, du 21 juin 1655, par lequel les deux curés de Granville doivent chacun aux moines du Mont-Saint-Michel 72 livres de rente pour le transport de certaine dîme appelée le trait de Granville.


Notes :

  1. Il a disparu dans la terrible inondation de 1859.
  2. Vers cette époque la Seigneurie de Grainville appartenait à la famille de Péronne.
  3. On appelait droit de cuillage (quillage) celui qui était perçu sur la construction des bateaux.
  4. Thomas de Saint-Jean était venu ravager la Baronnie de Saint-Pair au XII° siècle.