50338 - Montbray - Rapport maire 1934

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Commune de Montbray

En 1831 : 1 255 habitants
En 1931 : 832 habitants
Diminution 423 habitants
Soit plus de 33 %



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Le rapport de M. le Maire de Montbray, très complet et fort intéressant mérite une attention particulière. Nous en citerons les principaux passages :

1°) Dénatalité – Le déficit des naissances sur les décès ne s’est manifesté qu’à partir de 1843,mais il est allé croissant jusqu’en 1921, et pendant la dernière décade,ce fut catastrophique. Il est vrai qu’il faut compter qu’il y avait la guerre, période anormale. Depuis 1921, l’excédent des naissances sur les décès réapparaît et s’élève à 44 pour les 10 ans. Notons qu’il faudrait un siècle à cette cadence pour revenir au chiffre de la population de 1831…

2°) Mortalité infantile – Il est bien certain que beaucoup d’enfants meurent alors qu’ils devraient vivre, s’ils recevaient, dans leur plus jeune âge, tous les soins conçus selon les règles de l’hygiène. Il y aurait toute une éducation à faire auprès des jeunes mères de famille. Malheureusement la chose est très difficile,car on bute chez les unes à cet esprit de routine si funeste, ou chez les autres contre une insouciance ou une indifférence pour les choses nouvelles. Pour beaucoup aussi, il y a l’obligation du travail qui empêche les mères de se donner complètement aux soins intelligents de leurs enfants…

3°) Exode des campagnes – Tout a été dit sur ce sujet. Vie plus facile ou, du moins, plaisirs plus faciles, gains plus élevés, travail moins pénible, loisirs du dimanche, etc… etc… Je sais bien que c’est un trompe l’œil, mais beaucoup ne voient que le beau coté et se laissent prendre – et s’ils sont dans l’engrenage, c’est fini, les pires épreuves ne les font pas revenir. Dans leur for intérieur, ils peuvent se repentir, ils ne l’avouent jamais ; au contraire, s’ils reviennent au pays, c’est pour bluffer et faire ainsi une propagande malsaine et néfaste…

4°) Abandon des petits métiers – Il y a quelques cent ans, il existait à Montbray, un nombre important de petits artisans. Aujourd’hui, il ne reste que quelques petits ouvriers : charpentiers, menuisiers, forgerons, charrons, la différence est moins énorme. Autrefois, il y avait des teinturiers, des chaudronniers, des colporteurs et surtout beaucoup d’étameurs ; c’était la spécialité du pays. Beaucoup de ces ouvriers, pères de famille, vivaient ici six mois l’année et, le reste du temps, voyageaient en travaillant. Il y a dans les archives de la commune de leurs passeports en nombre imposant. Certains allaient jusque dans la Marne et gagnaient suffisamment pour subvenir aux besoins de leur famille. Il n’existe plus un seul de ces chefs de famille ambulants. Il est vrai que les conditions de l’existence ont changé, et à présent ils ne pourraient probablement plus vivre de leur métier. N’empêche qu’une quarantaine de pères de famille de moins dans une population comme la nôtre, c’est une cause sérieuse de dénatalité et de dépopulation…

5°) Fonctionnarisme – A proprement parler, le goût plus grand pour les emplois de l’Etat n’est pas une cause directe de la dépopulation des campagnes mais une cause indirecte. Ce qui fait peur aux campagnards, c’est l’insécurité sur l’avenir. Ce qui donne la foi aux postulants fonctionnaires, c’est la sécurité de l’avenir.

Quoi qu’on en dise, la vie est dure à la campagne ; et il faut une bonne dose de courage et de résignation au jeune homme pour rejeter la tentation des villes ou la vie réglée des fonctionnaires. Toutes ces causes de dépopulation s’enchaînent, semblent se coaliser et font un tout contre lequel il faudrait lutter de front. A mon avis, les remèdes à envisager doivent de même ne former qu’un ensemble de mesures diverses. Traiter une seule des causes et omettre les autres serait inefficace. Je ne voudrais pas terminer sur une note pessimiste. Cependant, je ne peux m’empêcher de dire que les résultats de la dernière décade ne sont pas une base certaine d’avenir sur laquelle il serait bon de tabler. Constatons avec plaisir ce renouveau ; mais ne croyons pas qu’il soit constant et durable sans aide et protection.

Source : "La dépopulation de la Manche de 1831 à 1931", Auguste DAVODET, 1934, pages 18 et 19