50152 - Les Cresnays Notice

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Notice publiée dans les Mémoires de la Société archéologique d'Avranches 1892-1893, t. 11, p.2611

Signé L. C. (pseudonyme de l’abbé Masselin)


Les Cresnays

I - Les deux anciennes paroisses de Cresnay - Leur antiquité

La commune actuelle des Cresnays est formée de deux anciennes paroisses qui ont existé jusqu'en 1804, et que la Révolution avait réunies, en 1790, au canton de Brécey. Ces deux paroisses se nommaient Saint-Pierre-de-Cresnay et Notre-Dame-de-Cresnay. On a conservé l'église Saint-Pierre, mais le cimetière et le presbytère sont l'ancien cimetière et l'ancien presbytère de Notre-Dame. Les deux églises n'étaient pas à plus de cinquante mètres l'une de l'autre ; les deux cimetières n'étaient séparés que par le terrain occupé par la maison d'école actuelle et le petit jardin de l'institutrice. Entre les deux paroisses, il n'y avait absolument aucune limite naturelle ; les villages de l'une étaient enclavés dans ceux de l'autre, et souvent les habitations d'un même village étaient partagées entre les deux paroisses. Le même seigneur était patron présentateur des deux églises; elles jouissaient l'une et l'autre d'un. revenu presque égal ; il n'y avait pas non plus une différence notable entre les deux paroisses pour le nombre des habitants. Cependant la cure de Saint-Pierre était considérée comme la plus avantageuse, ce qui fait que plusieurs curés de Notre-Dame passèrent à St-Pierre.

Ces deux paroisses, avant 1790, faisaient partie du doyenné de Cuves et de l'archidiaconé de Mortain; mais, pour le civil, elles dépendaient de l'élection et vicomté d' Avranches et elles étaient comprises dans la sergenterie Pigache. Elles furent toujours l'une et l'autre soumises à toutes les mêmes administrations, en sorte que leur histoire est inséparable.

Le mot Cresnay est également écrit Cresnet, Craisnet, Craisnay, et en latin Cresneyum, Cresnayum ; c'est un vieux mot dont on cherche maintenant en vain la signification. Dire à quelle époque remonte la fondation des deux églises de Saint-Pierre et de Notre-Dame, cela n'est pas possible; on ne peut faire que des conjectures, mais tout porte à croire qu'elles furent fondées dans le même temps et qu'elles remontaient à une très haute antiquité. On a supposé quelquefois que ces deux églises avaient été bâties par deux seigneurs rivaux, mais cette hypothèse est complètement inadmissible, puisque les deux paroisses de Cresnays ont toujours eu le même seigneur.

D'ailleurs, ce n'est pas un fait isolé ; il y a d'autres exemples de deux églises situées près l'une de l'autre et dédiées l'une à Saint-Pierre, l'autre à Notre-Dame : Saint-Pierre et Notre-Dame d'Allonne, qui existent encore dans le diocèse de Coutances, en sont une preuve. Les deux paroisses de Cresnay avaient une semblable origine; tout porte à croire qu'il y eut là un ancien monastère dont les religieux firent le centre d'une chrétienté. On sait que saint Ortaire et ses disciples élevaient souvent dans leurs monastères deux églises, dont ils plaçaient l'une sous l'invocation de Notre-Dame, l'autre sous celle de Saint-Pierre, et ils n'étaient probablement pas les seuls qui agissaient ainsi; les deux églises des Cresnays pourraient donc bien remonter jusqu'au VIe siècle. Il est bien probable que les Normands les renversèrent; mais, après leur conversion, ils les relevèrent. Toutes deux eurent des clercs pour les desservir et peu à peu devinrent églises paroissiales.

II - Seigneurie des Cresnay

La terre des Cresnets dépendait de la baronnie d'Avranches, qui appartenait aux évêques. Mais les évêques donnèrent probablement dès le XIe siècle les fiefs et les vavassoreries qu'ils y possédaient à un seigneur qui se chargea d'acquitter à leur place le service militaire. Ce seigneur était un membre de la famille Avenel des Biards, dont les descendants prirent le nom de Cresnay. Les évêques d'Avranches se réservèrent cependant toujours quelques rentes et quelques redevances seigneuriales.

Les habitants des Cresnays étaient tenus entre autres choses à la garde du château d'Avranches, ce qui était parfois très onéreux. En 1403, Robert de Pelletot, grand bailli du Cotentin, rendit à ce sujet un jugement en leur faveur.

Vers 1195, Gervais de Cresnay, prêtre, fit une charte en faveur de l'abbaye de Montmorel, dont voici la traduction donnée par l'abbé Desroches : « A tous les fidèles du Christ qui liront la présente charte, Gervais de Cresnay, prêtre, salut dans le Seigneur, sache votre université que pour le salut de mon âme et celui de mes prédécesseurs, j'ai donné en pure et perpétuelle aumône, à Dieu et à l'abbaye de Notre-Dame de Montmorel, et aux chanoines qui y servent Dieu, un quartier de froment assis en la terre de la Rabeudière, que j'ai achetée de Marguerin et Guillaume Moyse son frère, en la paroisse de Saint-Pierre-de-Cresnay, pour être tenus librement et paisiblement par les dits chanoines. »

Jourdan de Cresnay signe comme témoin dans une charte en 1185. En 1311, on trouve Olivier de Cresnay. Le 8 Juin 1317, le bailli du Cotentin tint les assises à Avranches, et Me Sylvestre Roussel, chanoine de Poitiers, scholastique d'Avranches, y transigea avec Olivier de Cresnay vicomte de Bayeux, au sujet de l'hommage du fief de la Montellerie.

Suivant l'abbé Desroches, le livre vert du chapitre d'Avranches mentionne un aveu, rendu devant Guillaume Martin écuyer, par Morice, « lequel a montré la fieffe à lui faicte par le dict Seigneur-Evesque et son chapitre du dict lieu d'Avranches, du gaige-plaige juridiction et droits et teneurs du fief de Cresnay, la teneure et hommage des fiefs et vavassoreries de Saint-Georges et de Romillé assises en la paroisse du dict lieu de Cresnays, et même des vavassoreries non nobles du Haut-Manoir et du Bas-Manoir pareillement assise en la dicte paroisse, ensemble l'hommage et teneure des fiefs et vavassoreries de Belle-Fontaine, Roncel et Notre-Dame, assises ès dites paroisses de Cresnay, pour lesquels fiefs icelui Morice disait et confessait être subjet et faire hommage à Monseigneur d'Avranches. »

Dans ce document, il n'est fait mention ni des seigneurs de Cresnays, ni des seigneurs Avenel ; mais cet aveu remonte à l'époque de l'occupation de la Normandie par les Anglais, époque où les seigneurs Avenel, ayant refusé soumission au roi anglais, avaient dû quitter le pays.

Dès 1463, les Avenel étaient rentrés en possession de la seigneurie des Cresnays, et Montfault y trouva nobles Jehan Avenel, et Jean Avenel le Jeune, et Barterain du Parc.

D'après l'aveu rendu au nom de l'évêque d'Avranches Robert Cenau, par son procureur Amaury Regnault écuyer, le 6 novembre 1535, la baronnie d' Avranches s'étendait, dans les Cresnays, sur les fiefs de Saint-Georges, Romillé, Belle-Fontaine et la Montellerie qui devaient le service de la moitié d'un chevalier; sur les vavassoreries de Saint-Pierre et de Notre-Dame, qui payaient 40 sols de rente, à la place du gage-plège auxquels elles étaient primitivement soumises. Et parmi les feudataires de l'évêché qui sont énumérés dans cet aveu, on remarque Berthrand du Parc, représentant le droit de Jean Avenel, et tenant les vavassoreries de Saint-Pierre et de Notre-Dame.

En 1585, François du Parc portait les titres de seigneur des Cresnays, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme de sa chambre, et à cause de son épouse, demoiselle le Prévost, était seigneur de Byville, la Rivière, et baron de Biards.

A la même époque Berthrand de Foissy portait aussi le titre sieur des Cresnays. Il avait épousé Goharde Guiton, fille d'honneur de la reine Catherine de Médicis, et sœur du célèbre Jean Guiton, dictateur de la Rochelle. Berthrand de Foissy fut tué à la bataille d'Ivry, et Goharde Guiton, épousa en secondes noces Berthrand de Clinchamp, seigneur de Montanel ; elle mourut au château de la Jautée, en 1634. (l'abbé Desroches).

François du Parc était mort en 1596, et sa fille, Antoinette du Parc, avait porté toutes ses seigneuries à Tanguy de Varigny, de Varignies ou des Varignières, seigneur de Blainville et de la Poterye. En 1601, Antoinette du Parc était encore dame des Cresnays; mais en 1608, la seigneurie des Cresnays était passée au baron de Courtenay, qui était peut-être de la famille de Varigny, car, dès 1625, on retrouve demoiselle Jeanne de Varigny dame des Cresnays, mariée à M. Isaac de Madaillau, marquis de Montataire, Lassé, Bellefontaite, etc. En 1656, son fils, Louis de Madaillau, portait les titres de marquis de Montataire et seigneur des Cresnays.

Dès 1659, on trouve Jean de Poilvilain, écuyer, conseiller du roi, vicomte de Mortain, prenant les titres de seigneur des Cresnays, du Mesniladelée et de la Boulouze.

Les de Peilvilain étaient une des principales et des plus anciennes familles du diocèse d' Avranches. Ils avaient pour berceau le fief de Peilvilain, à Noirpalu, et s'étaient distingués dès le XIIe et le XIIIe siècles. Au XVIIe, ils étaient divisés en plusieurs branches, dont une à cette époque, celle des de Poilvilain de Montchauveau, était en possession de la seigneurie de Cuves, Une autre branche habitait le château de la Rochelle ; une autre, dite de Poilvilain de Misoar, habitait Montviron. Tous portaient : « Parti d'or et d'azur » Jean de Poilvilain, qui fut la souche des seigneurs de Cresnay, était parent très éloigné des de Montchauveau, un peu plus rapproché des de Poilvilain de la Rochelle et de Misoar. Cependant il fallait déjà remonter plusieurs générations pour trouver l'auteur commun.

Jean de Poilvilain, seigneur des Cresnays, était fils de Berthrand et petit-fils de Pierre, seigneur en partie du Mesniladelée. Il avait épousé Suzanne des Landes. De ce mariage sortit Georges de Poilvilain, seigneur des Cresnays, qui épousa Gaude de Montaigu, sœur et héritière de Sébastien de Montaigu, et obtint, en 1697, le titre de comte de Cresnay. Dès 1712, Georges de Poilvilain était comte des Cresnets, seigneur et patron de Saint- Pierre et de Notre-Dame, seigneur de la Boulouze, Saint-Georges de Rouelley, Sainte-Marie-des-Bois et Saint-Laurent-de-Cuves. Après la mort de Sébastien de Montaigu (1715), il devint comte de Montaigu et marquis de Mesnilgarnier. Sébastien de Poilvilain, son fils, porta plus tard les titres de chevalier, comte de Cresnay, de Ducey, de Montaigu, marquis de Mesnil-Garnier, seigneur de la Breudière et autres lieux ; les de Poilvilain conservèrent tous ces titres, avec les seigneuries de l'Orbehaye, Saint-Laurent-de-Cuves et la Boulouze, jusqu'à la Révolution.

Plusieurs seigneurs des Cresnays se distinguèrent dans les armées et surtout dans la marine. On remarque entre autres, Charles de Poilvilain, qui fut vice-amiral de France et grand-croix de l'ordre de Saint-Louis. Il mourut le 31 mai 1756. On trouve aussi, en 1769, Louis-Anne de Poilvilain, chevalier de Cresnay, capitaine des vaisseaux du roi, seigneur de l'Orbehaye. Sébastien-Anne-Julien de Poilvilain fut le dernier comte de Cresnay avant la Révolution.

Malgré leurs grandes propriétés, les comtes de Cresnays étaient réellement pauvres, et empruntaient de toutes parts. Cette pauvreté réelle venait de leur prodigalité, de leurs folles dépenses et de leur amour pour le jeu. La révolution les dépouilla de tous leurs titres; mais ce ne fut pas elle qui les dépouilla de la plus grande partie de leurs biens.

Le château de Cresnay, dont une petite partie existe encore, était situé tout près de l'église de Saint-Pierre, et entouré de douves. Il avait été construit par les seigneurs de Poilvilain, sur l'emplacement d'un plus ancien. Une partie de l'ancien château encore habitée en 1790, menaçait de tomber en ruines; mais des pierres étaient amenées pour la reconstruire. Les terres de la Montellerie, de la Rabeudière, et de Bellefontaine en dépendaient.


III - Autres familles nobles ayant habité les Cresnays, et anciennes familles de la paroisse. - Principaux villages.

Monfault, en 1463, trouva nobles aux Cresnays, Jean de Signy ou de Signey, et Barterain de la Roque.

Jean de Signy était un membre de la famille de Signy de Reffuveille, dont la postérité se perpétua aux Cresnays pendant plusieurs siècles. En 1598 Roissy y reconnut nobles Jean de Signy, fils de Richard de la Chevrerie, Gilles et Pierre ses fils, Rolland son frère, et André fils de Rolland, Pierre de Signy sieur des Bois. Tous demeuraient dans Les Cresnays. Au temps de la recherche de Chamillard (1666), tous les descendants de ces de Signy avaient quitté les Cresnays, mais quelques-uns étaient alors à Cuves et à Brécey. Ces de Signy portaient : « d'azur à l'épervier d'argent empiétant une perdrix de même. »

On ne sait d'où était venu Barterain de la Rocque, ni s'il eut postérité. En 1463, il habitait Saint-Pierre-de-Cresnay.

Une branche de la famille d'Auray de Saint-Pois dont le chef fut Lancelot d'Auray, sieur de la Fouasserie, habita quelque temps Les Cresnays, puis alla fixer sa résidence à Cuves, où Chamillard reconnut comme étant d'ancienne noblesse, Pierre d'Auray. Il était fils de René, fils de François, fils de Lancelot.

Jean de Magny de Saint-Pierre-de-Cresnay justifia 4 degrés devant Chamillard en 1666. En 1698, on trouve aussi à Saint-Pierre-de-Cresnay, Pierre et Gilles Lemaignen, écuyers.

Parmi les noms de famille les plus anciens dans les deux paroisses de Cresnay on peut citer : Pasturel, Laurent, Hédou, Daucé, Hullin, Joly, Ragnet, Voisin, Pichon, Bernard, Moulin, Nicole, Peslin, Geslin, Mancel, Fortin, Jouault, Marin, Cochard, Gesbert, Riout.

Les principaux villages sont : Bellefontaine, la Thourie, la Rattière, la Barberie, la Guesnonière, Chevreville, la Torlière, la Gougeonnière, la Rabeudière, la Fiancerie, les Verdières, la Fouasserie, la Cochardière, la Bretonnière, la Rue-Marot, la Datinière, les Hauts-Vents, la Montellerie, le Bellanger, la Mailletterie, la Chatterie, la Bouverie, la Goupillère, l'Aunouillière, la Droutière, la Bitardière, le Haut-Menet, le Bas-Menet, la Favrie, la Poisnerie, la Saillanderie, la Garlière, la Chevrerie, la Traverserie, etc.

D'après les Mémoires de l'intendant Foucault, en 1698, la taille, pour Saint-Pierre de Cresnay, était de 756 livres, et il y avait 128 taillables. La paroisse de Notre-Dame payait une taille de 630 livres, et renfermait 126 taillables.


IV - Curés de Saint-Pierre de Cresnay de 1589 à 1790 ; Revenus et charges de la Cure

Michel le Songeur, prêtre de Montigny, était curé de Saint-Pierre de Cresnay en 1589, comme on le voit par son testament en date de cette année.

Jean Joly succéda probablement à Michel le Songeur ; il était curé en 1627.

Berthrand Pasturel, succéda probablement à Jean Joly, et décéda le 20 février 1659, ayant quelque temps auparavant donné sa démission.

Guillaume Lemonnier, curé de Notre-Dame, succéda à Berthrand Pasturel en 1659 et mourut vers 1669.

Rolland Guyot succéda à Guillaume Lemonnier en 1669, et mourut en 1675.

J.-B. Lemonnier, prêtre du diocèse de Coutances, curé de Notre-Dame de Cresnay depuis 1653, présenté par Suzanne des Landes, veuve de Jean de Poilvilain, fut nommé curé de Saint-Pierre le 30 septembre 1675, et mourut en 1677.

Jean Lemarchand, prêtre du diocèse, bachelier en Sorbonne, présenté par Suzanne Deslandes, fut nommé le 23 février 1677, et décéda en 1709.

Charles-François de Chevrue, diacre du Mesniltove, présenté par Georges de Poilvilain, fut nommé le 25 mars 1709, et resta peu de temps curé.

Julien-Henri Bourget, successeur de M. de Chevrue après 1712, devint, en 1717, curé de Sainte-Marie-du-Bois ; et, en 1743, curé de la principale paroisse d'Alençon, au diocèse de Séez. Julien Bourget était bachelier en Sorbonne.

Gabriel de Bordes, curé de Saint-Germain-de-Chauny, au diocèse d'Orléans, présenté par Charles-Philippe de Bordes, seigneur et patron de Chalandrey, au nom de Georges de Poilvilain, fut nommé le 1er septembre 1717. M. Boucher, vicaire général, visita l'église en 1721; tout était en bon état. M. de Bordes mourut en 1734, et M. Sébastien de Poilvilain présenta Guillaume des Landes d'Avilly, ancien curé de Théville et doyen rural de Gisors, au diocèse de Rouen; mais M. Deslandes n'exerça pas les fonctions de curé.

Charles-Adrien Iset, curé de Notre-Dame-de-Cresnay depuis 1710, présenté par Charlotte-Susanne de la Brousse, épouse de Sébastien de Poilvilain, fut nommé curé de Saint-Pierre le 6 septembre 1735. Le 30 juillet 1749, Mgr Durand de Missy visita l'église et y fut reçu par Charles Iset, curé, Jean Leroyer, vicaire, et François Pasturel, prêtre de la paroisse; il y avait trois calices, deux burettes et un ostensoir, le tout d'argent ; les livres étaient à l'usage du diocèse, les ornements bons et en grand nombre, tout était en très bon ordre. Le revenu du trésor était de 35 livres, celui des fondations de 180 livres. Le vicaire tenait l'école des garçons, mais il n'y avait pas de maîtresse pour les filles. M. Iset mourut en 1758. Jean-Pierre-Anselme de Clavaillon, prêtre du diocèse d'Apt, prieur des chapelles de Saint-Blaise et de Saint-Jean-Baptiste, en la cathédrale d'Aix, habitué en l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, présenté par Sébastien de Poilvilain, fut nommé, le 7 août 1758, curé de Saint-Pierre-de-Cresnay, mais il est probable qu'il n'y vint jamais. Cependant il ne se démit que trois ans plus tard.

Noël-Louis Jouenne, prêtre du diocèse, présenté par Sébastien de Poilvilain, succéda, le 12 août 1761, à M. de Clavaillon, démissionnaire. En 1764, L.-Ph. de Saint-Germain, archidiacre de Mortain, visita l'église ; tout était en très bon état. François Vernier, prêtre, tenait l'école des garçons; Marie Ganné tenait celle des filles, Noël Jouenne résigna, en 1773, en faveur du suivant.

Claude-Henri Cochard, de Notre-Dame-de-Cresnay, ordonné prêtre le 22 septembre 1770, et depuis vicaire de Saint-Pierre, fut nommé curé le 12 juillet 1773. Le 9 octobre 1776, il fit vérifier des reliques extraites du cimetière de Priscille, authentiquées à Rome le 1er février 1755, renfermées dans un petit reliquaire et données par feu Charles-Félix de Poilvilain, chevalier de Cresnay. L'évêque d'Avranches plaça dans un reliquaire les reliques des saints martyrs Félix, Eugenius, Venustus et Crescentius, et dans un autre les reliques des saintes martyres Victoria, Pompeia et Paulina, et accorda la permission de les exposer à la vénération des fidèles. On les conserve encore aujourd'hui. M. Cochard mourut en 1787.

François-Antoine Lefebvre, prêtre du diocèse de Coutances, vicaire de Saint-Martin-de- Triel au diocèse de Rouen, présenté par Sébastien-Anne- Julien de Poilvilain, fut nommé le 19 octobre 1787.

Le curé de Saint-Pierre-de-Cresnay jouissait de toutes les dîmes et des aumônes. En 1648, le revenu de la cure était évalué à 500 livres; en 1774, à 1.200 livres. Dans sa déclaration du 23 novembre 1790, M. Lefebvre portait le revenu de son bénéfice à 2.000 livres. Le curé avait à sa charge les réparations du chœur de l'église et le traitement d'un vicaire s'il voulait en avoir un; mais il n'y était pas tenu. En 1787 et 1788, il paya 146 livres de décimes, le trésor 4 livres, les obits et fondations 4 livres. Le directoire du district de Mortain fixa son traitement à 1.200 livres, et de plus accorda celui d'un vicaire. La population était alors de 406 habitants.

L'Eglise de Saint-Pierre était celle du château. C'est dans cette église que se trouvait le caveau sépulcral des seigneurs.


V - Curés de Notre-Dame-des-Cresnay de 1596 à 1790

Pierre Lemonnier décéda curé de Notre-Dame en 1596.

Gilles Lefouassier, prêtre du diocèse, présenté par Tanguy de Varigny et Antoinette du Parc, fut nommé le 31 août 1596 et mourut en 1608.

Guillaume Gastebois, prêtre du diocèse, présenté par le baron de Courtenay, seigneur des Cresnets, fut nommé, le 17 juillet 1608, et occupa la cure jusque vers 1620 ou 25.

Berthrand Pasturel, successeur de Guillaume Gastebois, fit bâtir la chapelle de l'église en 1638 et décéda en 1654. Il était né aux Cresnays et probablement l'oncle de Berthrand Pasturel, mort curé de Saint-Pierre en 1659. François Pouchard, prêtre du diocèse du Mans, présenté par Jeanne de Varigny, veuve d'Isaac de Madaillau, marquis de Montataire, seigneur des Cresnets, fut nommé le 19 mai 1654, mais ne vint pas à Notre-Dame, et donna sa démission au bout d'un an. Louis Chesneau, prêtre du diocèse du Mans, présenté par Louis de Madaillau, fut nommé à sa place le 23 septembre 1655, mais, après examen, il fut trouvé incapable par M. Bétille, vicaire général, en sorte que François Pouchard, qui s'était démis en sa faveur, resta pourvu de la cure; mais il mourut peu de temps après.

Guillaume Lemonnier, prêtre du diocèse d'Evreux, présenté par Louis de Madaillau, marquis de Montataire, fut nommé le 26 janvier 1616 et trouvé capable. Il fut transféré à Saint-Pierre en 1659.

J.-B. Lemonnier, prêtre du diocèse de Coutances, présenté par Jean de Poilvilain, seigneur des Cresnets, fut nommé le 29 août 1659, et en 1675 transféré à Saint-Pierre, où il mourut deux ans après.

J.-B. Lemarchand, prêtre du diocèse, bachelier en Sorbonne, fut nommé le 30 octobre 1675, et en 1677 transféré à Saint-Pierre.

André de Bordes, prêtre du diocèse, présenté par Suzanne des Landes, fut nommé, le 8 août 1677, mourut en 1693.

Adrien Masseron, prêtre du diocèse de Bayeux, curé de Boisyvon depuis 1682, présenté par Georges de Poilvilain, fut nommé le 13 novembre 1694, mourut en 1710.

Charles Adrien Iset, prêtre du diocèse de Coutances et chapelain de l'église cathédrale, présenté par Georges de Poilvilain, fut nommé le 5 septembre 1710. En 1721 le grand vicaire M. Boucher visita l'église et la trouva en bon état, sauf la couverture, qui avait besoin de quelques réparations. Il y avait alors un vicaire, Pierre Pichon, de la paroisse de Saint-Laurent-de-Cuves. En 1737, M. Iset devint curé de Saint-Pierre.

François Bernard, prêtre de Saint-Pierre-de-Cresnay, vicaire de Montgothier, présenté par Charlotte de la Brousse, épouse de Sébastien de Poilvilain, fut nommé, le 15 mars 1737. Le 30 juillet 1749, Mgr Durand de Missy donna la confirmation dans l'église de Notre-Dame et en fit la visite. Les vases sacrés et ornements étaient suffisants, les livres étaient encore tous romains, l'autel Sainte-Anne était en bon état, le revenu du trésor était de 23 livres, celui des fondations de 111 livres. Le vicaire Pierre Desfeux tenait l'école des garçons, mais il n'y avait point de maîtresse pour les filles. - La confrérie du. Rosaire établie dans l'église en 1714 était complètement tombée en désuétude. M. Bernard la fit rétablir en 1754; il mourut en 1760.

René-Germain de la Mazure, prêtre de Montigny, présenté par Sébastien de Poilvilain, fut nommé le 24 avril 1760.

En 1763, L.-Ph. de Saint-Germain, archidiacre de Mortain, trouva bien des réparations à faire à l'église; la couverture de la chapelle Sainte-Anne et toute la côtière du nord étaient en très mauvais état. Le trésor n'avait que 22 livres de revenu, somme insuffisante pour le luminaire de l'église. L'archidiacre ordonna de prendre sur les enterrements et services la somme nécessaire pour l'entretenir. Le vicaire Jean Gauquelin de la Chaise-Baudouin instruisait les garçons ; Julienne Le Boucher tenait l'école des filles. Le vicaire Jean Gauquelin, dont il est ici question, vivait encore en 1791 et venait d'être nommé curé de Juilley; il refusa le serment à la constitution civile du clergé, émigra en Angleterre et mourut prêtre habitué à Avranches en 1805. M. de la Mazure se démit, en 1787, en faveur de M. Duhamel, son neveu.

Jean-Charles Duhamel, né à Saint-Pierre-de-Cresnay le 19 octobre 1756, maître ès-arts en l'université de Caen, vicaire de N.-D.-de-Cresnay, succéda à son oncle, René-Germain de la Mazure, le 15 mars 1787. Le père de M. Duhamel se nommait simplement Hamel, et son oncle, curé de Sainte-Marie-des-Bois, signait Hamel.

La- paroisse de Notre-Dame était un peu inférieure en population à celle de Saint-Pierre. En 1790, elle était de 360 habitants, mais dans les derniers temps surtout, les revenus étaient beaucoup moindres et l'église était loin d'être aussi bien pourvue que celle de Saint-Pierre. Le curé jouissait de toutes les dîmes et des aumônes, mais les aumônes n'étaient pas aussi considérables que celles de Saint-Pierre. En 1648, les revenus du bénéfice étaient évalués à 400 livres;.en 1774, à 1.000 livres. D'après la déclaration de M. Duhamel , en date du 22 novembre 1790, la cure de Notre-Dame valait alors 1.500 livres. Le curé avait à sa charge l'entretien du chœur de l'église, les réparations locatives du presbytère et le traitement d'un vicaire s'il en voulait un ; mais il n'y était pas obligé. Le directoire du district de Mortain fixa le traitement du curé à 1.200 livres, et en outre accorda celui d'un vicaire.


VI - Les Cresnays, de 1790 à 1800 - Conduite du clergé, des châtelains et des habitants

En 1790, M. Lefebvre était curé de Saint-Pierre, M. Duhamel, curé de Notre-Dame. Le premier avait pour vicaire Jacques Lemesle, né à Brécey le 16 mai 1758, prêtre en 1788, et depuis lors vicaire de Saint-Pierre-de-Cresnay ; le second avait pour vicaire Jacques Navet, né à Sainte-Pience le 4 août 1763, prêtre le 8 mars 1788 et vicaire de Notre-Dame depuis le 4 août de la même année. Il y avait en outre 8 prêtres employés ailleurs, dont quatre originaires de Saint-Pierre et quatre de Notre-Dame. Ces prêtres étaient : 1° François-Julien Duhamel, frère aîné du curé de Notre-Dame, vicaire au Teilleul; Jean-François Daucé, vicaire à Saint-Martin-de-Landelles ; Jean-François Laurent, parti au diocèse de Paris; Jacques Debraize, parti depuis 1782 au diocèse du Mans ; Pierre Debraize, vicaire à Saint-Brice-de-Landelles; Georges-Charles Hédou, parti en diocèse étranger; Jacques Robert, chapelain du Champ-Donné, à Cuves, et Jacques-René Voisin, vicaire au Mesniladelée.

M. Lefebvre, imbu de toutes les idées nouvelles et très chaud patriote, prêta tous les serments qu'on lui demanda; il remit même ses lettres de prêtrise et acheta le presbytère de Saint-Pierre, mais il ne tarda pas à le revendre alla se retirer à Chambourcy, près de Saint-Germain-en-Laye, et y mourut on ne sait à quelle époque. M. Duhamel, prêtre instruit et de conduite irréprochable, se laissa aussi entraîner par le courant et resta curé constitutionnel. MM. Lemesle et Navet refusèrent absolument le serment schismatique et ne tardèrent pas à se retirer chacun dans leur famille, puis émigrèrent. M. François-Julien Duhamel, frère du curé de Notre-Dame, prêta. Serment, devint curé instrus de Barenton, puis se retira au Teilleul, où il persévéra longtemps dans le schisme. M. Laurent, précepteur dans une famille noble à Paris, suivit cette famille en exil. M. Daucé, vicaire à Saint-Martin-de-Landelles, ayant prêté serment, fut élu curé de Montault, dans l'Ille-et-Vilaine, revint en 1794 à Saint-Martin-de-Landelles, y épousa civilement une couturière, puis, au bout de quelques années, partit avec elle et alla mourir à Saint-Servan. M. Jacques Debraize prêta serment, mais ne donna pas d'autre scandale ; M. Pierre Debraize resta fidèle, émigra, et en 1815, devint curé de Saint-Martin-de-Landelles. M. Charles Hédou resta aussi fidèle à l'église, émigra en Espagne et mourut à Cadix. M. Jacques Robert devint curé instrus de la Godefroy, puis des Biards, puis se sécularisa, et après la Révolution, fut professeur au collège d' Avranches. M. Voisin, vicaire au Mesniladelée, ne prêta aucun serment. Aucun de ces prêtres, originaires des Cresnays, n'y séjourna pendant la Révolution. Ainsi, sur douze prêtres, il y en eut six qui prêtèrent le serment schismatique, et de ce nombre furent les deux curés, dont l'exemple et les conseils entraînèrent presque tous les habitants des deux paroisses. D'ailleurs, le voisinage de Cuves, les relations fréquentes qu'ils avaient avec les habitants du bourg, et spécialement avec le contrôleur Poulain, étaient bien de nature à leur faire adopter toutes les idées nouvelles. Les fêtes que l'on célébrait à Cuves et auxquelles ils prenaient part leur faisaient entrevoir un avenir bien préférable au passé. Les seigneurs des Cresnays eux-mêmes étaient lancés dans le mouvement, et d'ailleurs ils n'étaient pas là; ils ne faisaient que de rares apparitions ; leur séjour ordinaire était la capitale, où ils menaient joyeuse vie sans se préoccuper de l'avenir. Les fils du comte de Cresnay fréquentaient les soirées données par Philippe-Egalité et y contractaient au jeu des dettes énormes; il n'est donc pas étonnant que la Révolution ait triomphé aux Cresnays. M. Bécherel, évêque constitutionnel de la Manche, y vint en 1792 et y donna la confirmation dans l'église de Notre-Dame. Il y eut une affluence très grande des habitants des deux paroisses de Cresnay et de celle de Cuves. Cependant, on doit le dire, plusieurs familles des Cresnays n'adhérèrent jamais au schisme, et beaucoup de ceux qui l'admirent ne le firent que par ignorance et demeurèrent attachés à la religion et aux principes de l'ordre. Aussi, quand ils virent les excès auxquels on se livra, ils ouvrirent les yeux et comprirent promptement qu'ils s'étaient trompés.

Vers la fin de 1792 ou le commencement de 93, l'église de Saint-Pierre, qui était très riche en vases sacrés et en ornements, fut complètement dépouillée, aussi bien que celle de Notre-Dame, et le tout fut porté à Mortain. Les registres furent brûlés et les croix renversées, mais par les mains d'hommes étrangers aux deux paroisses. On voulut célébrer les décades dans l'église Saint-Pierre, mais la population avait déjà perdu son enthousiasme ; on ne put réunir que quelques rares patriotes, et bientôt elle fut fermée comme celle de Notre-Dame, mais ni l'une ni l'autre ne furent dévastées. Les aumônes des deux paroisses furent vendues par ordre du district. Le patriotisme du seigneur de Cresnay ne le mit pas lui-même à l'abri ; on vendit son château et les terres qu'il possédait dans les deux paroisses, mais les habitants ne voulurent pas s'enrichir de ses dépouilles. Ce fut un homme de Juvigny qui acheta le château. Ceux qui dans le principe avaient montré le plus de zèle pour la République devinrent en peu de temps très modérés et se gardèrent bien d'attirer l'attention sur eux ; il n'y eut pas de très grands désordres. Les chouans et aussi les faux chouans y parurent cependant quelquefois et y exercèrent quelques déprédations, mais ce fut en somme une des localités les plus tranquilles de la contrée. Quelques prêtres fidèles cachés à Reffuveille et à Saint-Laurent-de-Cuves vinrent de temps en temps aux Cresnays et y trouvèrent asile dans plusieurs maisons. M. Duhamel resta presque toujours aux Cresnays, se retracta dit-on dès 1795, et après cette première rétractation, qu'il fit en secret, il fut autorisé à administrer les sacrements à ses paroissiens.


VII - Les Cresnays depuis 1800. - Réunion des deux paroisses et des deux communes en une seule

Vers 1800, M. Duhamel, déjà rétracté en secret, fit une nouvelle rétractation publique et rouvrit son église. Il resta desservant de Notre-Dame jusqu'en 1804. En cette année, M. Xavier-Joseph Férandel, de Notre-Dame-des-Champs, ancien vicaire de Saint-Gervais d'Avranches, non assermenté, émigré, fut nommé curé de Saint-Pierre-de-Cresnay. Le presbytère avec toutes les dépendances avait été vendu, l'église était complètement dépouillée; M. Férandel, qui d'ailleurs n'avait pas grand désir d'occuper un poste, voyant les choses dans cet état, pria Mgr Rousseau de le remplacer par un autre, et se retira dans la ville d'Avranches. Ce fut l'occasion de la réunion des deux paroisses, car elles étaient restées séparées jusque-là. Les habitants de Saint-Pierre, qui avaient toujours vécu en bonne intelligence avec ceux de Notre-Dame, proposèrent à ceux-ci de se réunir avec eux en une seule paroisse. La proposition fut acceptée; et Mgr Rousseau ratifia la réunion des deux paroisses en une seule, sous le titre de Saint-Pierre-de-Cresnay. La réunion pour le civil se fit un peu plus tard. M. de Cresnay l'obtint du Gouvernement en 1809. Dans l'intervalle, l'église de Notre-Dame avait été abattue.

Après la réunion des deux paroisses, en 1804, M. Duhamel fut nommé curé de Cresnay et eut pour vicaire Thomas Lefrais, prêtre de M. Bécherel, ancien vicaire intrus de Cuves, rétracté à Coutances en 1802. Trois ans après, M. Lefrais fut nommé curé de Saint-Georges-Montcoq, où il mourut en 1814. M. Duhamel, resté seul, excepté dans ses dernières années, administra la paroisse jusqu'au 15 juin 1841. Alors vieux et infirme, il donna sa démission et mourut le 13 janvier 1842, laissant beaucoup à faire à son successeur, M. Queslier. Le presbytère n'était guère habitable et l'église était très pauvre. Bientôt le presbytère fut restauré convenablement; un peu plus tard, l'église fut en partie refaite, l'intérieur bien décoré, la sacristie bien pourvue d'ornements surtout par la générosité d'une famille Roussel ; enfin le clocher fut bâti et garni de trois belles cloches, et grâce au zèle de M. Queslier, la paroisse des Cresnays ne se reconnaît plus aujourd'hui.


Référence.png Notes et références

1. numéro disponible sur Gallica

2.