26340 - Dr EYDOUX

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Retour à Lardiers

Etat des remedes et vacactionts que jay fait1 et
fourni dans la maladie de madlle ROUCHON.2
  • L’orthographe du Dr EYDOUX a été maintenue autant que possible y compris les ratures fort instructives.
  • Les corrections des ratures au-dessus des lignes ont été remplacées par des mots en italiques entre crochets dans le texte lui-même : […]
  • La ponctuation manquante a été remplacée par des « / » autant que nécessaire.
  • Le Dr a une orthographe surprenante : les accents sont rares et quelquefois utilisés de manière non académique : « je fûts appelle » pour « je fus appelé ». Les accents ont été restitués avec soulignement chaque fois que la compréhension l’a nécessité.
  • Les apostrophe sont ajoutées entre parenthèses : ().

Transcription du relevé d'honoraires

Page 1

Relevé d'honoraires
page 1

Je fûts appelle par Mr BRACHET3 son beau frere en vertu

d’unne lettre de Mr LAUGIER son beau pere le 12 juin

1767 [1777] pour aller a Lardiers ou il m(')acompagnia


d’apres avoir exactement reflechi sur le caractere

et simptomes de sa maladie je trouvay plusieurs complications

et notament une dispossion a la fureur uterine [melancolie avec de la fureur utérine] une fievre

continue / beaucoup de chaleur dans les reins et dans les

entrailles qui l(')avoit jettee dans un epuissement a faire

craindre un marasme prochain [à plusieurs], d(')apres toutes mes reflections

je luy ordonnay [le bain et] le petit lait de chêvre coupé avec le sel sedatif [d(')aromates…]

douze jours remis douse prisses / ji restay deux jours et deux de

voyage à sis livres par jour et trois livres le sejour.

Cy 18£
(2 x 6) + (2 x 3) = 12 + 6 = 18 *


Le 26 juin ji fut / je trouvay que sa fievre n(')etoit point assez

calmée / je luy fit prendre les boûillons rafrechisants et continuer les bains /

ji sejournay un jour et deux de voyage

cy 3 15£
(2 x 6) + 3 = 12 + 3 = 15 *


Le 13 juillet son domestique veint me prendre / je la purgeoy

et la mis a l(')ussage du lait d(')annesse le matin / et le soir une

oppiatte estomachique et legerement apperitive quelle prit

quinse jours / oppiatte cinq sols la prisse 15s
purgaction 10
cy 3 j 15£
reçu M. LAUGIER 24£


Le 27 je fût / elle continua le lait

cy 2 12£


Le 10 aouts je fut appelle par son domestique elle avée parti

pour Cruits4 / je futs / je lappurgoit et luy remis 15 pillules

absorbantes et aperitives a dis sols la prisse 10
(15 x 10s = 150 sols ; 150s : 20 = 7£10) *
la purgaction / je sejournay deux jours 10
Cy 18£
----- -----
90£ 5**

Page 2

Relevé d'honoraires
page 2
° (report) 90£ 5


Le 28 je la trouvay a Lardiers / je luy fit passer les eaux de

Greus5 9 jours cy 2 jours 12£ 5


Le 13 7bre je fûts a Lardiers et voyant quelle avoit de la

dispossions a la fureur uterine malgré quelle conserva sa raison

et sa pudeur. Je luy fit repr endre le lait 12 jours cy 2 12£


Le 28 ji fût / je luy fit prendre les bouillions refrechichants

neuf jours avec une prise rhubarbe 4
deux jours 12£


Le 14 8bre je fût / je luy fit prendre 15 pillules absorbantes et

Apperitives 10
deux jours 12£


Le 29 8bre ci deux jours 12£


Le 18 9bre je fûts avec un homme attandu les neiges et les

mauvais chemins / je luy fit prendre l(')oppiatte / six deniers / 12 jours
deux jours 12£
pour l’homme


Le 4 Xbre je fut avec un homme attandu le mauvais temps /

je la trouvay un peut mieux / je luy dis de suspendre les remedes

cinq ou sis jours ci deux jours 12£
pour l’homme


Le 11 Xbre ji envoya un homme qui luy porta 15 pillules

pour l’homme
pillules 15

Le 6 janvier 1778 on m(')envoya son domestique je ne

trouvay pas apropos de luy continuer les remedes attandu

la rigueur de la saison / je l(')exhortay a suivre le regime

prescrit attandu qu(')elle commencoit a ce (se) trouver mieux

ji sejourna un jour ci 15£
----- -----
208£ 14

Page 3

Relevé d'honoraires
page 3
° (report) 208£ 14


Le 18 fevrier on m(')envoya son domestique / je la tr[ouvay]***

avec beaucoup des feux aux reins et aux entrailles / je [luy]***

fit prendre douse boûillion rafrechissants

ji sejourna un jour ci 3 jours 15£


Le sis mars on m(')envoya son domestique / je la remis au

petit lait 15 jours ci deux jours 12£


Le 29 ji fut / je luy fit prendre 15 jours le lait

d(')annesse cy deux jours 12£


Le 14 avril on m(')envoya son domestique / je luy fit passer

une purgaction et prit 12 jours l(')oppiatte estomachique

l(‘)oppiatte
purgaction 10
si deux jours 12£


Le 7 mai on menvoya son domestique … /

[a l(')occasion d(')unne consultattion que son mari envoya d(')auverne et que nous

n(')en fimes point usage] / … je la remis

au petit lait 15 jours ci deux jours 12£


Le 22 je fut / elle ce trouva tres bien / je luy conseillai datendre

voir si cella continueroit ci deux jours 12£


Le 12 juin je fut appelle a Cruits ou je trouvay son mari qui

arrivoit de sa compagnie et que je navoit jamais vû /

je la trouvay tres bien mais dans la crainte qu(')elle ne

rechuta je luy consselia de prendre deux grains de m[iel ?]***

dans sa purgaction le lait [le matin] et 15 pillules le soir

ji sejourna deux jours ci deux jours 18£
reçu de son mari acompte 178£


Du 18 juin je luy [escrivit et] envoya 15 pillules 15
trois grains tartre émétique 6s 3d


Le 28 juillet je fut appele a Lardier par son domestique

je la trouvay parfaitement remisse et luy ordonnoit le lait

encore quelque temps et le regime le plus suivi ji sejourna

un jour
----- -----
324£ 19

Repère géographique.png Repères géographiques

De Séderon à Lardiers
  • La route moderne, de création postérieure à l’affaire qui nous occupe, nous mène, en voiture, de Séderon à Lardiers en 45 minutes et 44 km.
  • Le chemin ancien passait par le Pas de la Croix Blanche (entre le Col du Négron et le Pas de Redortiers) et il fallait environ 11h pour se rendre à Lardiers à cheval.
  • En prenant par les Omergues et le Pas de Redortiers (dénivelé de 430 m), il faut compter aussi 11 h à cheval.
  • En prenant par le hameau de Lange et le Col St Vincent (dénivelé de 670 m) c’est encore plus difficile…

Quelle que soit la route empruntée, on est confronté de toutes parts à un dénivelé important.


Quelques notes sur les remèdes employés

extraits du Dictionnaire des Sciences Médicales.- Paris, 1822
  • Absorbant : « En médecine : qualifie des médicaments considérés comme propres à absorber les acides qui se développent dans les voies digestives. » Certainement à base de charbon.
  • Pilules apéritives : aloès, cannelle, fer porphyrisé, sirop d’armoise.
  • Bouillons ‘refrechichants’ : Ce sont des décoctions prolongées (2h environ) de la chair d’animaux à une douce chaleur au bain marie, préparées dans un but thérapeutique en utilisant en principe 128 g de substance animale par litre et parfois mêlée à des plantes. « Le bœuf, le veau, le poulet, le poisson, les grenouilles, les tortues, les écrevisses, les vipères, les cloportes, les limaces (…) sont les animaux avec lesquels on préparait ordinairement les bouillons des malades (…) On donnait les bouillons de veau, poulet, grenouilles (…) dans les maladies inflammatoires, les fièvres bilieuses, les coliques, les crachements de sang… » Par opposition aux apozèmes qui sont des décoctions à base de plantes et qui se donnaient toujours froids.
  • Lait d’ânesse : « Le lait d’ânesse est celui qui se rapproche le plus de celui de la femme (…) Il convient même mieux dans la plupart des cas parce qu’il n’est pas sujet à autant de variations (…) Il convient mieux que tous les autres dans les engorgements des viscères abdominaux. C’est aussi parce qu’il est beaucoup plus léger qu’on commence presque toujours l’usage du lait par celui d’ânesse et ce n’est que par degrés qu’on conduit le malade aux autres espèces plus riches en matières butireuses et caseuses. »
  • Petit lait : « Liquide qui forme les 9/10 du lait. On en fait un emploi fréquent en médecine. Cette tisane animale qui paraît retenir quelques propriétés des plantes dont les animaux sont nourris est rafraîchissante, laxative et un peu fondante. Sa saveur est agréable (…) On prescrit le petit lait dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques, les fièvres essentielles : inflammatoire, bilieuse, putride ou maligne. On l’ordonne le plus souvent simple. D’autrefois on l’associe avec des laxatifs comme le casse, la crème de tartre, le sirop de violette… » Le médecin essaiera à plusieurs reprises de réintroduire le petit-lait de chèvre.
  • Opiat : Médicament en pâte molle composé de poudres délayées dans un sirop simple et additionné de sucre ou de miel, semblable aux électuaires et aux confections et dont le nom vient de ce qu’autrefois il contenait de l’opium. Quelques exemples de compositions :
  1. opiate apéritive et purgative : séné, rhubarbe, scamonée, mercure doux, aloès, tartre martial soluble, sirop de chicorée composé ;
    • Aloès : nom générique de plantes à feuilles épaisses fournissant un suc épais et amer, aux vertus purgatives, qui agit spécialement sur le système vasculaire intestinal et qui passait également pour un puissant emménagogue.(On appelle emménagogues des plantes médicinales qui stimulent le flux sanguin dans la région pelvienne et l'utérus. Des plantes telles l'armoise commune (Artemisia vulgaris), le persil (Petroselinum crispum), l'angélique (Angélica archangélica) et le gingembre (Zingiber) ont été utilisées par des femmes pour induire une menstruation retardée)
    • scamonée : Gomme résine extraite de plusieurs espèces de liseron. La fausse scamonée est une gomme résine purgative extraite du cynanque de Montpellier. C’est un purgatif drastique des plus énergiques. On a imaginé plusieurs préparations de ce remède pour en corriger la violence et, à cet effet, on se sert du suc de coing, de réglisse ou de soufre.
    • Séné : Nom donné à diverses espèces de cassier d’Afrique et d’Asie et à la drogue purgative que l’on tire de leurs feuilles et de leurs follicules. « C’est aux médecins arabes que l’on doit la connaissance des propriétés du séné et son introduction dans la thérapeutique. Le séné est un purgatif lent mais d’un effet certain, entrant dans une foule de médicaments officinaux, presque tous ceux qui sont purgatifs. »
    • sirop de chicorée composé : rhubarbe, feuilles et racines de chicorées, feuilles de fumeterre, scolopendre, baies d’alkékenge, cannelle, sucre, sental, eau. (sirop laxatif pour les enfants)
  2. opiate purgative : mercure doux, diagrède, séné en poudre impalpable et sirop de fleurs de pêcher.
    • Mercure doux : « Nom ancien du muriate de mercure. On le donne comme purgatif, comme apéritif et diurétique. Il est soluble dans l’eau ; on ne peut le faire prendre qu’en pilules ou en poudre. La dose est de 2 à 6 grains (…) S’il peut guérir des symptômes primitifs légers, souvent le mercure doux ne détruit pas complètement le virus et les récidives ne sont pas rares après el traitement par absorption buccale. »
  3. Diagrède : c’est la scamonée préparée ou corrigée par les usages de la médecine (…) mais on prétend qu’elle n’en a pas besoin et peut être utilisée dans son état naturel.
  • Tartre
  1. Tartre émétique ou tartre stibié : tartrate de potassium et d’antimoine. (Découvert par Adrien de Mynsicht en 1631). Vomitif qui perd son pouvoir à haute dose par paralysie des centres vaso-moteurs. Même effet « anti-vomitif » à petites doses répétées.
  2. Crème de tartre : bitartrate de potasse
  3. Crème de tartre soluble : tartrate borico-potassique ou émétique de bore. Purgatif, laxatif, diurétique.
  4. Tartre martial soluble : « plusieurs préparations usitées jadis en médecine résultant de l’union ou de mélange de la crème de tartre avec l’oxyde de fer en proportions diverses constituent par conséquent, des espèces de sels auxquels le nom de tartrate de potasse et de fer peut être appliqué. Le premier est le tartre chalybe ou tartre martial, substance concrète mais soluble et susceptible de prendre la forme cristalline. La solution concentrée, aiguisée de quelques centièmes d’alcool et associée à un excès de tartrate de potasse formait le tartre martial soluble, solution astringente employée comme vulnéraire et également comme résolutif dans certains cas de distension des ligaments, de contusions, d’ecchymoses, d’œdèmes lorsqu’il n’y a point encore ou qu’il n’existe plus d’inflammation. »
  • Eaux de Greus : « Les eaux sulfuro-calciques de Gréoux-les-Bains sont utilisées dans le traitement des voies respiratoires, des rhumatismes, des séquelles survenues après un traumatisme osseux et des affections dermatologiques. » (Site des Thermes de Gréoux) Comme toutes les eaux sulfureuses prises par voie orale, elles ont un effet laxatif.
~ ° ~

Commentaires

Ce relevé d’honoraire qui est toujours dans les archives communales de Séderon est amusant à plus d’un titre.

La pharmacopée utilisée par le Dr EYDOUX ne diffère guère de celle de ses éminents confrères du XVIIe siècle ! Il remplace simplement les clystères de DIAFOIRUS, médecin du Malade imaginaire de Molière, par les « purgactions ». La formule de politesse « Comment allez-vous ? » sous-entend « …à la selle ? ». C’était l’objet de toutes les attentions à l’époque. Quel que soit le diagnostic, le remède était systématiquement la purge, aggravée le plus souvent d’une saignée pour faire bonne mesure ! Le but recherché restait le même : éliminer les humeurs malignes. On devait penser qu’en affaiblissant le corps on affaiblissait aussi la maladie qui ne trouvait plus matière pour se nourrir…

Le diagnostic du Dr EYDOUX est très explicite :

  • Mélancolie : on dit aujourd’hui dépression ;
  • Fièvre utérine : inflammation de l’utérus (?).

N’ayant aucun élément contradictoire à apporter, ce diagnostic reste indiscutable. Mais que dire de la thérapeutique utilisée pour soigner la demoiselle ROUCHON ! On se demande, à la lumière des progrès de la médecine moderne, comment il a pu venir à bout de cette dépression et de cette inflammation de l’utérus grâce à ces purges répétées et à ce régime si strict à base de petit lait de chèvre alterné avec du lait d’ânesse. La visite initiale date du 12 juin 1777 et la guérison annoncée le 18 juin 1778, un an plus tard. Soit la durée ordinaire d’une dépression bien soignée.

Sa pratique est cependant différente de celle de ses prédécesseurs. Il ne commence les purges que le 13 juillet, soit un mois après le début du traitement. Il réitère un mois plus tard (10 août). Il interrompra ensuite ce traitement énergique jusqu’au printemps : « je ne trouvay pas apropos de luy continuer les remedes attandu la rigueur de la saison » (06/01/1778). Les purges ne seront renouvelées que deux fois jusqu’à la fin du traitement. (14 avril et 12 juin, à deux mois d’intervalle cette fois).

Cependant les autres prescriptions ne sont pas exemptes d’éléments laxatifs, vomitifs et purgatifs : il suffit de se rappeler les vertus laxatives des eaux sulfureuses et du petit lait, sans parler de la rhubarbe et du miel, de consulter la composition des opiats et du tartre émétique qui sert d’ultime « médicaction » pour comprendre que mademoiselle ROUCHON ne devait pas garder grand-chose !

Peut-être notre médecin était-il un brave homme et profitait-il de ses séjours réguliers à Lardiers chez la demoiselle (toutes les trois à quatre semaines environ) pour lui faire la conversation et l’aider à envisager ses soucis sous un meilleur jour. Psychiatre avant l’heure ?! Les 3 £ de séjour devaient correspondre au prix d’une consultation et d’une chambre, sans oublier l’entretien de sa jument à l’écurie de l’auberge.

En l’absence de son mari, était-il la seule compagnie de cette femme ? On a peine à imaginer qu’il passait ses nuits chez elle. Même si on sait peu de choses du mari, le médecin nous livre suffisamment d’éléments pour comprendre que cette jeune femme est entourée. L’environnement familial est planté : beau-père et beau-frère veillent sur elle. Comme il était de coutume dans la société traditionnelle provençale, mademoiselle ROUCHON a quitté sa famille lors de son mariage et vit maintenant sous la responsabilité de sa belle-famille qui a le devoir de l’entretenir jusqu’au retour de son mari. Le manque de données plus précises empêche de retrouver ses ascendants ainsi que ceux de son mari : absence de prénoms, de lieu… Il y a des BRACHET et des LAUGIER aussi bien à Lardiers qu’à Séderon. Seuls les ROUCHON ne sont pas drômois. C’est bien trop vague.

Que dire de la conjonction de mélancolie et de fièvre utérine ? Pourrait-il s’agir d’une dépression post-partum, du « baby blues » ? On peut exclure la fièvre puerpérale le plus souvent mortelle en l’absence d’antibiotiques.
Seule une étude généalogique approfondie aux Archives Départementales de Digne (04) permettrait de préciser de quel
couple il s’agit et l’éventuelle naissance récente d’un enfant. Singulièrement le Dr n’en fait jamais mention.


Une autre hypothèse peut être émise à partir de la difficulté à déchiffrer le mot « c(o/a)mpagn(i)e » (12 juin 1778, p. 3).

« Le 12 juin je fut à Cruits ou je trouvay son mari qui arrivoit de sa compagnie/campagne et que je navoit jamais vû… »

Dans les deux cas, c’est d’Auverne [Auvergne] qu’il revient (cf. 7 mai 1778). Y était-il en service dans une compagnie militaire ou en campagne de colporteur comme herboriste de Lure ? Dans le contexte local et en se référant au livre de Gisèle ROCHE-GALOPINI « les marchands droguistes de la Montagne de Lure » (Alpes de Lumière, n°128) il serait peut-être plus raisonnable de donner la préférence à cette seconde version. Les ROUCHON comptaient parmi les familles d’herboristes de même que les LAUGIER.

Si ces explications sont intellectuellement satisfaisantes pourquoi « laditte delle ROUCHON » n’a-t-elle pas fait appel aux droguistes renommés de sa propre famille plutôt qu’au médecin de Séderon si éloigné ?

Quelle est cette maladie dont elle souffre et qui nécessite des soins aussi constants avec présence du médecin de jour comme de nuit (dispossion à la fureur utérine, 13/09/1777) ?

A noter que le médecin reçoit le 13/07/1777 un premier versement du beau-père LAUGIER dont il n’est plus fait mention par la suite.

A partir de cette date les séjours se multiplient : une à 2 fois par mois. Parfois dépassant les 2 jours ordinaires. Le 18/02/1778, 3 jours. Et le 10/08/1777, 4 jours dont 2 de voyage : ce qui représente 3 nuits sur place tout de même.

Alors que penser de cette guérison miraculeuse dès le retour de l’époux en juin 1778 ? Le Dr reçoit un acompte substantiel et ne se rendra plus à Lardiers qu’une fois fin juillet pour constater le rétablissement total de sa patiente et se voir très certainement signifier son congé.

Quelle qu’ait été la « médicaction » Melle ROUCHON s’en est bien trouvé, et à sa satisfaction… professionnelle, le médecin a ajouté un bon pécule.

Mais comment expliquer alors que Melle ROUCHON ait fait appel au médecin
de Séderon plutôt qu’aux droguistes de sa propre famille ?

Prolongements généalogiques

De quels éléments disposons nous ?

  1. Un relevé d’honoraires manuscrit en 3 folios qui se trouve dans les archives de la mairie de Séderon (26).
  2. Un médecin qui ne se nomme pas ni ne signe.
  3. Une patiente, à laquelle le médecin rend régulièrement visite à Lardiers (04) voire à Cruis (04).
  4. Mademoiselle ROUCHON, patiente du médecin, dont l’époux est absent plus d’un an.
    • Son beau-frère BRACHET, qui porte une lettre au médecin rédigée par :
    • Son beau-père LAUGIER.
    • Son époux dont la compagnie est en Auvergne pendant une période comprise entre 1777 et 1778.


° = ° = °


1. Que pouvons-nous tirer du fait que le relevé d’honoraire se trouve dans les archives de la mairie de Séderon ?

  • C’est certainement le double de celui laissé à la patiente.

2. S’il est à la mairie ça ne peut s’expliquer que parce que ce médecin est aussi membre du Conseil Général de la Communauté avant la Révolution.

  • Il s’agit donc du Dr Jean-Baptiste EYDOUX (°12/11/1727 à Sahune, de Pierre Paul & Jeanne MARCELLIN)
x 23/NIVO/03 (12/01/1795) à Séderon, à 67 ans !
Clere DROME (°24/02/1750 à La Piarre 05, de Gabriel & Jeanne PEUZIN).
Il a 50 ans lorsqu’il soigne Melle ROUCHON. Il sera aussi maire de la commune.

3. On a vu sur la carte que les chemins menant de Séderon à Lardiers étaient tous fort difficiles puisqu’il fallait franchir la Montagne de Lure (prolongement vers la Durance du Mont Ventoux) et que le temps mis pour le trajet à cheval était de 10h ou plus selon les conditions météorologiques.

4. Le beau-père de Mademoiselle ROUCHON se nomme LAUGIER et son beau-frère BRACHET.
Quelle serait la position de Mademoiselle ROUCHON au sein de cette famille pour que M. LAUGIER soit son beau-père et M. BRACHET son beau-frère ?

  • Pour réunir ces deux conditions au sein de cette famille, il faudrait qu’elle ait épousé un LAUGIER, et qu’une de ses sœurs ou belles-sœurs ait épousé un BRACHET. La difficulté vient du fait qu’il n’y a pas, dans les registres de Séderon, de couple qui corresponde exactement à cette configuration. Les recherches aux alentours de Lardiers sont en cours.
  • Mais on trouve dans les registres paroissiaux de Lardiers un couple qui réunit ces trois patronymes :
x 26/02/1754 à Lardiers (04)
- de Sr Louis BRACHET (°05/02/1729 à Séderon)
fs d’Alexandre (de David & Claudine DUMONT, protestants)
et de Claire AUTRAN (d’Antoine & Françoise BONNEFOY, protestants)
- avec delle Margueritte LAUGIER
fa de Jean-François (de Jean-François & Marie BLANC, de Saumane 04)
et d’Anne VIAL (de Jean-François & Marguerite MARTINE, de Saumane)
x 14/02/1763 à Lardiers (04)
- de Joseph ROUCHON (°07/08/1728 à Saint-Étienne-les-Orgues 04)
fs de Jean (d’Etienne & Delphine TURIN)
et d’Elizabeth BIZOT (d’Antoine & Clere CHABUS)
- avec Marie Thérèse LAUGIER, sœur de Marguerite ci-dessus.

Notre patiente serait-elle en réalité sœur (ou cousine) de Joseph ROUCHON, épouse d’un frère de Marguerite et Marie Thérèse LAUGIER ? Auquel cas, Louis BRACHET serait son beau-frère, parce qu’époux de sa belle-sœur.

Cela pourrait être l’ultime raison qui ait poussé M. LAUGIER à rédiger cette lettre au Dr EYDOUX du village de Séderon si éloigné de Lardiers. Peut-être l’a-t-il confiée à son gendre, Sr Louis BRACHET, lors d’une visite de celui-ci sa belle-sœur ?
Les registres paroissiaux des villages de la Montagne de Lure contiennent peut-
être la réponse à cette énigme. Toute personne susceptible de m'apporter des
renseignements sur cette énigme peut me contacter
--Sandy-Pascal ANDRIANT 13 décembre 2006 à 01:11 (CET)

La demoiselle ROUCHON est bien de Lardiers !

Pour laisser aux lecteurs le loisir d'émettre toutes les hypothèses qu'ils souhaitent, j'ai volontairement rédigé la suite sur une autre page. (suite)

Notes

* J’ai développé les calculs pour la compréhension :

  • Pour la monnaie : la livre (£) vaut 20 sols (s).
  • Pour les poids : le denier vaut 24 grains ; et l’once 24 deniers, soit 576 grains !
  • Le denier pèse 1 gramme 27.

** Le médecin a oublié la retenue de 2£ pour les 45 sols : il aurait dû compter 92 £ 5 s !

*** Le bord du document étant déchiré, les mots manquants ont été reconstitués d'après le contexte.

~ ° ~

1 : Il s’agit de Jean Baptiste EYDOUX, médecin et futur Maire de Séderon.

2 : Mademoiselle ROUCHON, habitante de Lardiers (04) où elle semble s’être retirée en attendant le retour de son mari, militaire en campagne.

3 : Les familles BRACHET et LAUGIER sont originaires de Séderon (26) tandis que la demoiselle RUCHON, de Lardiers (04). Le médecin devait donc parcourir une 40aine de km en 10h de carriole. L’itinéraire moderne passe par le col du Négron, le Revest-du-Bion et Banon (04). Mais l’ancien chemin franchit la Montagne de Lure soit par la Croix Blanche soit par le Pas de Redortiers qui se monte depuis Les Omergues (04), dans la vallée du Jabron, et débouche au Contadour.

4 : Cruis (04), 17 km plus loin !

5 : Gréoux-les-Bains (04)