Ancien français

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La notion d’ancien français regroupe l'ensemble des langues romanes de la famille des langues d'oïl parlées approximativement dans la moitié nord du territoire français actuel, depuis le Xe siècle jusqu'au XIVe siècle environ. Au Québec, une multitude d’expressions et de mots du vieux français sont encore utilisés quotidiennement. (voir le Français québécois)


Historique

Derniers vers du texte en ancien français de La Chanson de Roland, XIIe siècle (édition de Léon Gautier)

Il provient du roman, forme de latin vulgaire présente dans toute la Romania. Il est suivi, historiquement, par le moyen français. Ces distinctions temporelles de l'état de la langue ont cependant été définies de façon relativement arbitraire et récente par les linguistes. Du point de vue des locuteurs, l'évolution était peu ou pas ressentie, car le latin a évolué vers le français de façon continue et progressive, sans qu'une coupure soit perçue entre différents stades de cette évolution. Consulter Phonétique historique pour plus de détails.

L'ancien français est l'ancêtre du français parlé aujourd'hui. L'apparition d'une langue unique sur le territoire français est cependant très tardive et l'on doit à plusieurs langues d'oïl anciennes ce qui constitue la langue actuelle.

Contrairement à une idée reçue assez répandue chez les francophones et vulgarisée par des films populaires comme Les Visiteurs (qui n'ont aucune justesse linguistique), n'est pas de l'ancien français tout texte ou phrase qui semble aux oreilles du locuteur actuel plus ou moins archaïque. Ce qui est souvent désigné ainsi est principalement du français classique voire moderne, que le locuteur peut en tout cas comprendre, souvent écrit dans une orthographe plus ancienne.

Or, l'ancien français n'est pas compréhensible à un francophone ne l'ayant pas étudié spécifiquement. Ainsi, la phrase Sçavoir faisons, à tous presens et advenir, que pour aucunement pourveoir au bien de nostre justice, abbreviation des proces, et soulaigement de noz subiectz, avons, par edict perpetuel et irrevocable, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s'ensuyvent (tirée de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts) n'est nullement de l'ancien français mais du français préclassique du XVIe siècle. Au contraire, les vers suivants de la Chanson de Roland : En ceste tere ad asez osteiet / En France, ad Ais, s'en deit ben repairer / Vos le sivrez a la feste seint Michel / Si recevrez la lei de chrestiens / Serez ses hom par honur e par ben, sont bien de l'ancien français.

La confusion s'explique surtout par le caractère archaïsant et parfois déroutant que donne à un texte composé de mots déjà identiques aux nôtres une orthographe datant d'avant le XIXe siècle, siècle auquel on doit la graphie actuelle d'une majorité de mots. Ainsi, sçavoir, subiectz ou ensuyvent dans l'Ordonnance ne sont que les formes écrites différemment (mais prononcées à l'époque d'une manière très proche de la nôtre) de :

  • savoir (le ç, muet, ayant été ajouté à l'époque pour rappeler l'étymon latin supposé scire, alors que le mot vient de sapere — c'est là un cas d'étymologie populaire),
  • sujets (à cette époque, i et j ne sont pas différenciés à l'écrit, le b et le c, muets, ont été ajoutés pour rappeler l'étymon latin subjectum et le -z final est un archaïsme issu des graphies médiévales mais mal utilisé puisque normalement la lettre est une abréviation pour la finale /ts/ ; le t précédent est donc redondant),
  • ensuivent (avec un y esthétique améliorant la lisibilité).

Liens utiles

Bibliographie

  • Bernard Cerquiglini, La genèse de l'orthographe française (XIIe-XVIIe siècles), Honoré Champion, collection « Unichamp-Essentiel », Paris, 2004 ;
  • Mireille Huchon, Histoire de la langue française, Livre de poche, collection « Références », Paris, 2002 ;
  • Henri Bonnard et Claude Régnier, Petite grammaire de l'ancien français, éditions Magnard, Paris, 1991 ;
  • Noëlle Laborderie, Précis de phonétique historique (du français), Nathan Université, collection « Lettres 128 », Paris, 1994.