ABD EL-KADER

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Émir Abd-El-Kader  : Célébrité militaire de l' Algérie - Ami de la France

Emir Abd-el-Kader




Origine et enfance

Né à Mascara (Algérie) le 01/01/1808 ; Mort à Damas (Syrie) le 26/05/1883

Il naquit à la Zaayah (Zaouïa), ou école religieuse de la Guyathnali (les Tentes), a quatre lieues de Mascara, à gauche de la route qui va d'Oran à cette ville.
La date la plus probable de sa naissance est le 6 mai 1807.

  • Abd-el-Kader [1] Le nom signifie serviteur du Puissant, de Celui qui est capable (qâdir).(Source Jean Tosti)

Abd-el-Kader "Serviteur du Puissant" ben-Mahy-ed-Din-Ould-Sidi-Kada-ben-Moktar, c'est-à-dire fils de Mahy-ed-Din et descendant de Sidi Kada-ben-Moktar, est né de Lella-Zohra-bent-Sidi-Omar-ben-Douba,(la seule femme savante de toute la contrée), troisième femme du marabout Sidi Mahy-ed-Din, très-vénéré chez les Hachems. Il n'a qu'une sœur utérine ; mais sa famille provenant des trois autres lits est fort considérable, et plus encore, celle de Sidi Aly-bou-Thaleb, son oncle. Dans l'une il a souvent trouvé d'amers chagrins, dans l'autre des ennemis inquiétants, à commencer par Sidi Ali-bou-Thaleb.


Abd-el-Kader était à peine âgé de huit ans que son père l'emmena avec lui dans un voyage qu'il fit à la Mecque. A leur retour, Achmed-Bilhar, homme lettré et frère de Mahy-ed-Din, prit chez lui le jeune pèlerin et se chargea de son éducation, qui consista dans l'étude du Coran, les principes des sciences physiques et morales, de la géométrie et de l'astronomie, la gymnastique, l'exercice du cheval et le maniement des armes.

Mahy-ed-Din envoya ensuite son fils à Oran, chez Sidi-Achmed-ben-Kodja, qui le garda dix-huit mois et lui enseigna la politique.

Portrait

Son portrait : Taille moyenne, un visage pâle aux traits fins, souligné d’une barbe noire, de grands yeux bleus, impassibles pénétrant d’un seul coup le fond des consciences ; un front large, marqué entre les sourcils par un minuscule tatouage des Hachems (tribu à laquelle appartient sa famille originaire dit-on de Médine). C’est un mélange d’énergie guerrière et d’ascétisme religieux. Il a la parole brève et rapide. Son seul luxe : les belles armes et les chevaux.

Militaire proclamé Sultan

Abd el-Kader est né au sein d'une famille chérifienne (du Maroc) qui lui inculque très tôt le respect de la religion. Lorsque les Français foulent les terres de l'Algérie, il ne peut réprimer sa colère. Il profite de l'instabilité du pays pour convaincre les tribus de l'Oranie de le soutenir dans son combat.

Ces dernières le proclament alors Sultan. Peu à peu, il étend son pouvoir sur la région et se lance dans une guerre sainte qui durera quinze ans. Il perpétue de nombreuses attaques contre les français. Il leur inflige notamment la défaite de la Macta, en 1835.

La destruction, en juin 1835, d'une colonne française au défilé de La Macta et la mise à sac de Mascara à titre de représailles marquèrent alors le début d'une guerre qui ne pouvait se terminer que par la défaite totale de l'un des deux adversaires.

Le traité de La Tafna n'était pour Abd el-Kader qu'une trêve préludant à la reprise de la guerre sainte contre l'envahisseur.

La lutte reprit donc en 1839 mais les colonnes mobiles organisées par le général Bugeaud finirent par avoir le dessus sur un adversaire privé de points d'appui solides.




Prise de la Smala (peinture A.Decaen)



Sous son commandement, le duc d'Aumale prend la smala d'Abd el-Kader en 1843, obligeant ce dernier à s'enfuir au Maroc.
Le fugitif y trouve un soutien considérable, mais la défaite de la bataille de l'Isly (4 août 1844) contraint le sultan marocain à l'expulser.
De retour en Algérie, Abd el-Kader poursuit sa lutte mais est arrêté en 1847 et emprisonné en France.




Napoléon III le libère en 1852.
Il mène une fin de vie tranquille à Damas en se consacrant à la méditation et à l'écriture mystique.

Son parcours avec la France

Abd-el-Kader (Ben Mabi Eddin), fils d'un marabout, élevé à l'ombre d'une Zaouïa dans une tribu guerrière, également fait pour la vie contemplative et le gouvernement d'un peuple, ennemi acharné de la France dans la première partie de sa vie, son admirateur et même son défenseur dans la dernière, est un de ses hommes qui ont suivi dans ce siècle avec le plus de fermeté la ligne que leur traçait leur devoir.

Son apparition subite, ses victoires, son règne d'un jour, sa défaite, sa captivité, son repos final dans l'étude des sciences et dans la lecture des livres saints, ont excité suivant les temps la surprise, la haine et l'admiration.

Ses aïeux étaient, dit-on, originaires de Médine (Arabie saoudite); ils avaient habité le Maroc, puis s'étaient établis dans la province Oran sur le territoire de la tribu des Hachem.

Son père, Mahi Eddin, y dirigeait un établissement religieux, demi-couvent, demi-école, à la Guetna de l'Ouâd-el Hamman, en 1830.

Il était le troisième fils de Madi-Eddin ; il avait vingt-quatre ans en 1832.

Les Hachem, conduits par leur marabout, s'étaient lancés contre les avant-postes entre Oran et Mascara et Abd-el-Kader avait paru aux premiers rangs, cavalier incomparable. Une acclamation bruyante l'avait salué Sultan.

Il avait accepté ce titre sans regarder autour de lui, ni devant lui, résolu seulement à s'en rendra digne.Il n'était poussé par aucune ambition personnelle.

Elle lui paraissait exiger d'abord, cette loi, des combats sans nombre contre les ennemis de l'Islam, et la constitution d'un Etat qui fût pour tous les musulmans une maison de refuge, sans souillure et sans mélange étranger.

Il emprunta à la civilisation moderne tout de qui pouvait lui être utile, sa discipline, ses règlements, et même ses ouvriers ; il fit revivre autour de lui la foi ardente et les lois des premiers temps de l'Islam. Il jeta le tout à la fonte, et l' Europe vit avec étonnement une forme d'Etat nouvelle sortir des mains de ce jeune pasteur de trente ans.

Il était cependant, à cause même de son origine et de la diversité des idées et des races qui s'agitaient autour de lui, pris dans son extraorodinaire puissance comme dans un piège. Fils de marabout, il avait contre lui tous les marabouts jaloux de sa famille. Les confréries mulsulmanes, qui n'admettent pas que la religion serve d'instrument aux grandeurs de ce monde, lui étaient franchement hostiles, et il lui fallut aller détruire Aïn-Madhi, la ville sainte des Tidjanya, apôtres intransigeants du Sahara. Exécuteur de la loi islamique, il se heurtait à une infinité de coutumes barbares. Arabe ou se disant tel, il avait contre lui tous les Kabyles ; nomade, tous les sédentaires, sultan, toutes les petites républiques batailleuses qui pullulaient dans le massif du Djurdjura. Ses lieutenants, quelques braves qu'ils fussent lui obéissaient mal, sa famille elle même discutait, nouait et dénouait des intrigues autour de lui.

Aucun de ses adversaires, rompus, eux aussi à des fatigues inouïes et quelques fois mortelles, n'a pu s'empêcher de l'admirer alors comme maître.

Mais, à partir de 1840, la France s'engage dans la conquête du pays tout entier, menant pendant plusieurs années une guerre sans merci à l'Emir, affaibli après la spectaculaire prise de sa smala en 1843, et définitivement vaincu en 1847. Vernet Tableau Prise de la Smala 1843


La mort héroïque du colonel de Montagnac et de tous les siens, un massacre de prisonniers qu'il n'ordonna pas, mais dont il demeure responsable, jetèrent une lueur tragique sur cette résistance désespérée. Rejeté dans le Maroc, il voulut revenir sur sa terre, et, comme les Marocains, lui barraient la route, passa comme un lion à travers une haie de sabres. Il n'avait plus d'hommes quand il se rendit, mais il était sans reproche ; il fait cadeau de son cheval noir au Duc d'Aumale, c'était son dernier bien.

Malgré la promesse qui lui est faite d’une captivité en terre d’Islam, Abd el-Kader arrive à Toulon, le 10 janvier 1848, en compagnie de sa famille. Il demeurera près de cinq années prisonnier en France, de janvier 1848 à septembre 1852. Après trois mois passés au fort Lamalgue, à Toulon, l’Émir est transféré au château d'Henri IV à Pau, avant d’être installé au mois de novembre 1848 à Amboise.


Abd-el-Kader par Ange Tissier (1852)Versailles Musée National du Château

Là, il reçoit le 16 octobre 1852 la visite de Napoléon III, qui l’invite à Paris. L’hôte de l’Empereur des Français, après un séjour dans la capitale, gagne Marseille au cours d’un voyage triomphal, d’où il s’embarque pour la Turquie, le 21 décembre 1852.

A Istanbul, le 7 janvier 1853, Abd el-Kader se rend ensuite à Bursa, au sud de la mer de Marmara. Il y résidera deux années, grâce notamment, à une pension de 150.000 F. versée par le gouvernement français. Après la destruction de la ville par un tremblement de Terre et une visite à Paris lors de l'exposition universelle de 1855, Abd el-Kader s’établit à Damas en novembre 1855, se rapprochant ainsi des Lieux Saints de l'Islam.


Retenu d'abord, puis décidement captif à Pau (un de ses gardiens : Escoffier ) et à Amboise, enfin délivré et honoré par ses vainqueurs dans la personne de leur souverain, salué même et acclamé dans les rues de Paris et au théâtre, récompense singulière, mais précieuse de son abnégation et de son courage, il redevint le marabout de Guetna, et ne garda dans son cœur aucune amertume. Il le purifia même dans le calme de la paix de toutes les illusions de la guerre : sa société favorite à Amboise avait été celle des religieux.

Il compara l'Evangile à la Bible, il médita de nouveau le Coran, et quand Napoléon III lui donna, suivant son désir, la Syrie pour retraite, en lui servant une pension conforme à sa dignité , il se renferma dans le monde idéal des penseurs et des saints qui concourent fraternellemnt, souvent sans le savoir, au bien des âmes et à la glorification de la Divinité.

Il ne conserva bientôt plus de ses attaches avec le monde que quelques amitiés et le souvenir cher d'un grand peuple qu'il avait appris à connaître en mesurant sa force et sa générosité.

Il acquit à Damas même une maison princière difficile à forcer, et il vécut là, laissant les années accroître sa sagesse et ses mérites par devant Dieu jusqu'au dernier jour.

Une fois cependant, il reprit les armes, pour défendre les Chrétiens menacés par une populace fanatique.

<<Si j' en étais chargé, a-t-il écrit dans un de ses livres, je crois que je reconcilierais tous les chrétiens, tous les juifs et tous les musulmans : car la religion de Moïse est la réligion extérieure, celle de Jésus la réligion intérieure, et le Coran réunit les deux.>>

Ami de la France

Un vieux serviteur Abou Léhyé doué d'une mémoire remarquable et d'un incomparable talent de conteur raconte aux descendants d'Adb-el-Kader l'histoire de leur aïeul :

<<Le grand Abd-el-Kader, que j'ai eu l'honneur de servir dans ce palais dont vous avez d'ailleurs le témoignage de ses hauts faits d'armes dans le musée, installé dans le grand salon avec ses armes, ses selles et ses portraits avait les plus beaux chevaux de Syrie et donc du monde.

<<Mon meilleur souvenir de cette époque, c'est de l'avoir aidé à secourir les Chrétiens lors du grand massacre de Damas.

<<Hadj Abd-el-Kader est intervenu alors pour les sauver, car disait -il  : "l' homme de bien s'honore en protégeant le faible et le malheureux, surtout s'il s'expose au danger"

<<Il avait été un grand chef de guerre en Algérie, l'Émir au cheval noir, le Commandeur des Croyants. Pendant dix-sept ans, il avait lutté contre l'armée française, qui était la plus puissante du monde à ce moment. Puis avait été vaincu par le nombre. Il avait demandé l'aman aux militaires français, qui l'avaient traité avec beaucoup d'égards parce qu'il avait été un adversaire loyal. Mais les politiciens l'avaient gardé prisonnier pendant cinq années. C'est alors que le nouvel empereur de Français Napoléon III, l'a libéré.

<<El Hadj Abd-el-Kader a été reconnaissant aux Français de lui avoir rendu sa dignité d'homme libre et il est devenu leur ami. C'est alors qu'il est venu vivre à Damas.

<<A l'époque, il y avait beaucoup de haine chez certains Musulmans, les Druzes, contre les Chrétiens. Ils insultaient les Européens. Mon maître avait plusieurs fois mis en garde les consuls des pays d'Europe contre les agissements d' Ahmed pacha, le gouverneur turc de Damas, un chien, qui a été fusillé par la suite pour sa mauvaise conduite, mais on ne l'avait pas écouté.

<<Un jour, en plein été, on apprend qu'il y avait de terribles massacres dans la plaine de la Bekaa au Liban, tout près de Damas. Du coup la folie gagne la ville. On tue, on pille, on brûle. Partout du sang et des flammes, des gens terrorisés, qui appellent au secours.

<<L' Emir Abd-el-Kader était à Doummar, sa résidence d'été. Il rameute tous ses hommes, fait seller les chevaux et galope jusqu'ici. J'étais avec lui et je n'avais pas peur, parce que je savais qu'avec lui j'avais la baraka !

<<A peine arrivé, il convoque tous les Algériens de Damas, un millier d'hommes. Il court au Consulat de France et interpelle le consul :
" Tu m'as dit que partout où flotte le drapeau français, c'est la France ? Oui, lui répond le consul - Alors, prends ton drapeau et plante-le sur ma maison, pour qu'elle devienne la France"

<<Il ramène chez lui tous les diplomates : de France, de Russie,d'Autriche, de Grèce. Il envoie deux de ses fils, Mohammed et Hachemi, avec des cavaliers pour sauver les Chrétiens et disperser les égorgeurs à coups de crosse et de plats de sabre. Ces Algériens étaient des guerriers, les voyous fuyaient à leur vue.

<<J'ai accompagné l'Émir quand il a été, lui-même, chercher les communautés religieuses : les prêtres, les moines, les religieuses et les enfants des écoles chrétiennes. Tout le monde venait ici, il y en avait partout.

<<Personne n'a jamais oublié la noble conduite de votre aïeul. Tous les pays d'Europe lui ont adressé des messages de félicitations et des décorations, des poèmes et des cadeaux.

Il a reçu l'Archevêque d' Alger en 1860, Monseigneur Cardinal Lavigerie

Echarpe rouge et décorations




<<L'empereur des Français lui a fait apporter une belle croix d'honneur avec un grand ruban de soie rouge.

<<Plus tard, quand il recevait des gens qui disaient du mal de la France, parce qu'elle avait perdu la guerre contre la Prusse, l'Émir Abd-el-Kader sortait quelques minutes puis revenait avec sa belle écharpe sur son burnous et les gens se taisaient, conscients d'avoir été insolents et blessants>>





Réponse au comte Bismarck

Lettre de l' Émir alors domicilié en Syrie au comte Bismarck qui lui avait demandé son aide contre la France en Août 1870 :

<<Louange à Dieu !

<<Excellence,

<<Celui à qui vous avez adressé l'offre de marcher contre la très glorieuse et très généreuse France et de vous prêter le concours de sa loyale épée devrait, par mépris et dédain s'abstenir de vous répondre.

<<Que nos chevaux arabes perdent tous leurs crinières avant qu'Abd el Kader ben Mahi ed-Din accepte de manquer à la reconnaissance qu'il a pour le très puissant empereur Napoléon III (que Dieu le protège !).

<<Que votre arrogante et injuste nation soit ensevelie dans la poussière et que les armes de l' Armée française soient rougies du sang des Prussiens ( que leur orgueil soit puni !)

<<Tel est le vœu du serviteur de Dieu >>

signé : Abd-el-Kader ben Mahi ed-Din

  • Source : Revue P.N.H.A n°149

Descendance française

<<: Avec mes frères, nous avons retenu la leçon d'Abou Léhyé. Nous avons choisi de devenir les fils de la France à un moment difficile.
Six descendants d'Abd-el-Kader, après avoir été élèves du Prytanée Militaire sont passés : quatre par Saint-Cyr, un par l'école de l'Air, un par Centrale de Lyon. L'un de nous, Ali est tombé au combat en Indochine le 15 mars 1949, pour la France et pour maintenir l'honneur chevaleresque des Abd-ek-Kader

  • Signé Nasser Abd-el-Kader descendant direct du grand Emir (Source Revue P.N.H.A n° 85)

Abd-el-Kader à Toulon

Pourquoi s’intéresser à Abd el-Kader à Toulon ?
Parce qu’à Toulon les populations originaires des deux rives de la Méditerranée se côtoient sans savoir qu’elles partagent une histoire commune : celle liée à l’aventure d’Abd el-Kader. La conquête de l’Algérie est partie de Toulon le 24 mai 1830 et c’est à Toulon qu’Abd el-Kader, le principal opposant à cette conquête, a séjourné en captivité durant 4 mois, au Fort Lamalgue. Il connaît l’épreuve de l’emprisonnement en violation de la parole donnée lors de sa reddition : le duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe, lui avait promis de l’envoyer en exil à Alexandrie. Ces quatre mois souvent passés sous silence sont décisifs car c’est au cours de cette épreuve que le combattant renonce à tout recours à la lutte armée et redevient l’homme d’études, de méditation religieuse qu’il était dans sa jeunesse avant l’expédition d’Alger.
A Pau puis à Amboise après quatre années de captivité, il achèvera cette conversion amorcée à Toulon

L’Algérie actuelle s’appelait la Régence d’Alger (Berbèrie). Elle faisait théoriquement partie de l’Empire Ottoman ; elle était dirigée par un Dey, fondé de pouvoir de la corporation des corsaires.
Cet Etat est né au XVIe siècle pour résister à la reconquête chrétienne menée par l’Espagne qui a chassé juifs et musulmans (que l’on retrouve dans les villes de la Régence et qui forment une bourgeoisie commerçante).
Si l’activité de course a été jusqu’en 1815 une ressource essentielle pour le Bey et son administration, elle était pratiquée également par les Etats chrétiens de la rive nord (les prisonniers dits barbaresques sur les galères du roi de France).
L’Algérie d’avant 1830 peut donc exporter du blé. La majorité de la population est arabo-berbère : activité semi-nomade agro-pastorale pour les premiers, arboriculture et agriculture sur les montagnes pour les seconds. Le sentiment anti-turc est vif dans une population attachée à ses chefs de tribus et ses confréries religieuses.

Les Algériens massacrent les soldats français en 1846. Ça nous éloigne des visions idylliques de l’œuvre civilisatrice française ou de la magnanimité d’Abd el-Kader.

La conquête qui se fait dans un contexte où l’esprit de croisade est encore vivace a été violente dès le début. Le pouvoir turc était certes arbitraire mais il était musulman.

Abd el-Kader qui avait fait preuve de magnanimité envers l’adversaire français (son traité sur le sort des prisonniers lui valut l’amitié de l’évêque d’Alger Mgr Dupuch) ne peut empêcher le massacre de prisonniers en 1846, par suite à un refus de Bugeaud de négocier un échange.

Abd el-Kader peut apparaître au premier abord comme un chef symbole de résistance pour le peuple arabe. Pourtant dans sa lutte, il se retrouve être un chef de tribu luttant contre les Ottomans et ses alliés, et combattu par l’empereur du Maroc. Dans quelle mesure a-t-il fédéré les aspirations indépendantistes du peuple algérien ?

Abd el-Kader a nettement tenté de dépasser le cadre tribal par le choix de ses conseillers, par la structure de son Etat où il y a des fonctionnaires, une armée de métier, etc., qui rompt avec le clientélisme. Il a jeté les bases d’un Etat autochtone dans un pays qui résiste à cette unification, à toute autorité étatique, d’où les désertions des tribus ralliées à lui y compris parmi les Kabyles. Le sultan du Maroc le soutient jusqu’à la bataille d’Isly en 1844 où la supériorité militaire de la France est telle qu’il finit par l’abandonner et le déclarer hors-la-loi.

Abd el-Kader se rend au duc d’Aumale en 1847 avec la promesse d’être exilé en terre d’Islam. C’est là qu’il se retrouve à Toulon. Comment se passe son séjour ?
Il est choqué au point qu’il refuse toute promenade et sortie, sauf la visite à l’arsenal. Tous les prisonniers souffrent de l’exiguïté des lieux. Abd el-Kader partage la nuit sa chambre avec plusieurs des siens. Le froid est tel qu’il perd un fidèle, le chef de son infanterie, et un enfant de sa suite (asphyxie en utilisant des braseros). Il refuse surtout toute proposition d’exil doré en France et de renoncer à exiger son départ en terre d’Islam, condition de sa reddition.

A Toulon, le nom d’Abd el-Kader est donné à une rue du Mourillon en mars 1942 par une commission municipale vichyste pour rendre hommage « à ce chef arabe qui opposa une résistance farouche aux troupes françaises ».

Francs-maçons

L'émir quitte la France le 2 septembre, au moment où des maçons vitupèrent cet «enfant du désert africain qui n'a rien à gagner en venant parmi nous. Nous n'avons rien à apprendre de lui». Passons, nous sommes en 1865… Dans ses Lettres de Tokyo André Malraux écrira plus tard: «La plus grande découverte de notre siècle dans le domaine de la culture et de la pensée est la découverte de l'existence de plusieurs civilisations et non d'une. C'est seulement au moment où nous avons réalisé cette découverte que nous avons saisi la naissance de la civilisation universelle. Jusqu'à la réalisation de cette découverte, il était admis que les civilisations, en dehors de la nôtre, étaient des civilisations ennemies et celles antérieures, considérées comme primitives».

Retour à Damas où l'Émir retrouve ses disciples et sa chaire d'enseignement. Ses contacts avec la franc-maçonnerie se relâchent, mais la dimension humaine et humaniste du personnage perdure.
En 1867 deux de ses fils sont reçus et initiés à la loge «Palestine-Orient» de Beyrouth.
En 1901 un petit-fils entre à l'atelier «Enfants de Mars» de Philippeville.
Citons Paul Naudon: «Avec la IIIe République, le libéralisme anticlérical se reflète de plus en plus dans l'évolution des loges, alors que l'Eglise au contraire se montre ouvertement conservatrice et monarchique. La confusion des valeurs est alors extrême.
En 1877, un convent du GO décide de supprimer l'obligation dans les loges de travailler «à la gloire du Grand Architecte de l'Univers». La conséquence immédiate fut la rupture du GO avec le corps maçonnique universel, dont la GLU d'Angleterre» Autre conséquence, la césure de l'émir héritier de Ibn' Arabi avec la FM devient définitive.
Dans une lettre au GO il exprime sa désapprobation devant l'abandon de la notion de Grand Architecte.

En 1856, arrivant dans la capitale syrienne l'Émir se rend sur la tombe de son maître. Il décède en 1883 à Doumer, dans la banlieue de Damas à l’âge de 70 ans.
Il est enterré à proximité du tombeau de Cheikh Mohieddine ibn Arabi al Andaloussi . Sa dépouille est transférée à Alger en 1966.

Un message à toute l'humanité

La vie de l'Émir Abd el-Kader fut tellement riche qu'il n'est pas possible d'en faire le tour. Oublions vite la récupération politique avec le retour de ses cendres en Algérie. Je n'ai pas non plus insisté ici sur son éducation auprès de son père, une instruction religieuse approfondie inculquée par des professeurs de choix, le chef de guerre, la place des chevaux dans l'existence de ce cavalier émérite. En un temps où l'intolérance, l'aveuglement, la haine, la bêtise dressent des êtres humains les uns contre les autres, en un temps où les visages et les frontières se ferment, où nous assistons à des épurations ethniques, où «Ahmed m'a tuer», j'ai estimé que nous aurions tous à apprendre de ce pont jeté entre l'Orient et l'Occident que représente Abd el-Kader «Commandeur des croyants». Son message n'est adressé ni à l'Algérie, ni aux musulmans, mais à tous les hommes, ô vous frères humains!

Retour de ses cendres

Émir paradoxal, l'Algérie d'aujourd'hui en a fait sa grande figure nationaliste lui donnant même la place que naguère, du temps de la France, nous offrions à Bugeaud.

Le 5 juillet 1966, l'Algérie organisera en grandes pompes, le retour des cendres de l'Emir et son inhumation au carré des Héros du cimetière d' El Alia à Alger

  • L'aurait-il souhaité ? Rien n'est moins sûr.


Abd el-Kader a bien voulu une nation algérienne : en cela il peut légitimement être considéré comme un héros algérien mais à condition de ne pas en faire un nationaliste au sens actuel du terme. Il a voulu cette nation comme réponse à la conquête par la France mais à un moment où elle n’était pas encore possible.
A Toulon (j’ai pu le lire aux archives d’Aix dans ses lettres au roi et à E. Ollivier), il dit sa déception d’avoir été lâché par les siens (certaines tribus algériennes), le sultan ottoman et le sultan marocain eux-mêmes.
Il s’est toujours dit plus savant que guerrier, il découvre cela en captivité. Il n’est pas un nationaliste algérien, mais d’abord un maître soufi que les circonstances ont amené à prendre les armes.
Quand il a compris que ce combat était vain, son horizon s’est élargi à l’ensemble du monde arabo-musulman, il a rêvé alors d’un dialogue possible entre Orient et Occident, conforme en cela aux idées de son temps (cf. les Saint-simoniens). Il est un exemple pour nous à la condition qu’on en refasse un homme de son temps.

  • Source : Mme Andrée Bensoussan, commissaire scientifique de l’exposition, a bien voulu répondre à nos questions.

Commentaire

Abd el-Kader responsable de la conquête
L'économiste et historien Alfred Sauvy a pu écrire à propos de l'Algérie :
«Le responsable de la conquête n'est pas Bugeaud, mais Abd el-Kader.
Les pouvoirs publics français étaient prêts à se contenter de quelques ports marchands, quand la révolte a obligé l'armée à rétablir l'ordre et le Parlement à voter les crédits nécessaires»

Remarque


Mascara Monument



  • Monument à la Mémoire de l'Emir - Ce monument a été inauguré le 15 Octobre 1949 à Mascara par Monsieur le Ministre M.E NAEGELEN Gouverneur Général de l’Algérie , en témoignage de l’Amitié Franco-Musulmane et en présence d’une foule innombrable.


  • Une place Emir Abd-el Kader (Ami de la France) a été inaugurée le jeudi 16 novembre 2006 dans le 5ème arrondissement de Paris, par M. Bertrand Delanoë, maire de Paris, en présence de S.E.M Missoum Sbih, ambassadeur d’Algérie en France, et des descendants de l’Émir.


  • Que penserait l'Émir aujourd’hui du F.L.N ? poseur de bombes, assassin de population civile, lui Militaire (il a combattu loyalement des militaires français) , assassinat (égorgement) des anciens combattants français de l' Algérie (Harkis), négationniste malhonnête de l’œuvre française et insulteur forcené permanent de la France mais qui n 'hésite pas à venir se faire soigner gratuitement en France (quand la République Algérienne Démocratique et Populaire est en train de péricliter, avec ses guerres intestines et à regresser au Moyen-Âge) , que la France représente l' Eldorado, pour les Anciens qui en parlent à leurs enfants, et qui accueillent les Pieds-Noirs avec gentillesse et leur demandent de Revenir : "Vous êtes chez vous ici"

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