59569-Sin-le-Noble - Abbaye Notre-Dame-de-Beaulieu

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Origines de l'abbaye

Il existait au début du XIIIe siècle à Dechy l'hôpital Saint-Nicolas, relevant de l'ordre de Saint-Augustin, et dont la mission était de soigner les malades et d'accueillir les pauvres et indigents de passage. Il était tenu par des filles pieuses, auxquelles étaient associés des prêtres de l'abbaye de Cysoing pour la célébration des offices et l'administration des sacrements.
Situé sur l'actuelle route Nationale reliant Douai à Valenciennes, cet établissement était une proie facile, se trouvant souvent dévasté par les vandales et les hommes de guerre.
Ces filles charitables demandèrent alors au pape Honorius III (pape de 1216 à 1227), l'autorisation de se retirer en un lieu plus calme à Sin-le-Noble. Honorius III accepta, malgré les réticences de Pontius, nouvel évêque d'Arras.
Devant l'insistance du Souverain pontife, Pontius finit par se soumettre à la volonté papale.
Les filles constituèrent dès lors une congrégation dépendant toujours de l'ordre de Saint-Augustin, tout en ayant le droit d'élire leur abbesse.
Le chapitre de Saint-Pierre de Douai leur concéda un terrain à Sin, où s'éleva le nouvel édifice.
En 1227, le pape Grégoire IX (pape de 1227 à 1241) confirma les institutions que leur avait octroyé son prédécesseur.
Les religieuses s'installèrent donc dans leurs nouveaux bâtiments en 1227, l'abbaye prenant le nom de Notre-Dame-de-Beaulieu.

L'emplacement de l'abbaye

Une seule chose est sûre : l'abbaye se situait dans le marais de Sin, plus précisément dans le bas de Sin.
Mais l'endroit exact de son implantation n' a jamais été défini précisément.
Les gouaches des albums de Croy (détails ci-dessous) ne nous apportent guère d'élément, puisque le clocher de l'abbaye est, en perspective, situé une fois sur la droite de l'église de Sin, et une fois sur la gauche :
Sin Croy-1- (détail).jpg
Sin Croy(2) détail.jpg

Plusieurs hypothèses ont été émises, dont celle situant l'abbaye à l'emplacement des anciens bâtiments des "Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul" (rasés en 1987, actuellement cité Sainte-Barbe, le long de la rue Jean-Baptiste Lebas, entre la bibliothèque municipale et la rue Émile Zola), ce qui permettrait de dire que la gouache de droite semble le mieux représenter la vérité.
Il faut noter aussi que les anciens plans cadastraux nous signalent une "ferme de Beaulieu", située presque à l'angle des rues dénommées maintenant Sticker et Zola, ainsi qu'un lieu-dit "les Prés de l'Abbaye de Sin', occupant l'emplacement compris entre les rues Sticker et Croizat.

L'origine du nom de Beaulieu

- Notre-Dame car consacré à la Vierge
- Beaulieu était un surnom donné à de nombreux établissements religieux de l'époque, et retenu sans doute pour signaler sa situation près d'arbres, non loin d'un cours d'eau, appelé alors le "Fossé la Nonkière", qui n'est autre que l'actuel "Godion", affluent de la "Scarpe".
Il est d'ailleurs probable que le village de Sin ait lui aussi pris à une époque ce surnom de "Beaulieu-sur-le-Godion".
Il convient donc de bien différencier les "Beaulieu" que l'on peut rencontrer dans les textes anciens, en particulier le "Beaulieu", hameau de la commune de Flerques (Pas-de-Calais), qui était l'emplacement d'une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin (eux aussi), de la congrégation d'Arrouaise, fondee en 1130 sous le vocable de Notre-Dame, et détruite en 1300. Le Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, écrit par le comte de Loisne en 1907, nous apprend que cette abbaye était désignée elle aussi en 1246 par le nom SANCTA MARIAE DE BELLO LOCO.

Héraldique

Armoiries abbaye de Sin.jpg


L'abbaye Notre-Dame-de-Beaulieu avait ses propres armes : D'azur à une Vierge assise
et couronnée, tenant à dextre un sceptre et à senestre l'Enfant Jésus, le tout d'argent

.C'est d'ailleurs, à quelques différences minimes près, ce que représente le sceau de l'abbaye.
Ces armoiries sont enregistrées à l'"Armorial de Flandre" sous le n° 122.

Le sceau de l'abbaye

L'abbaye avait donc son propre scellé en bronze. Il était à l'effigie de la Vierge Marie, protectrice du lieu, et portait la légende : Sigilum capituli beatas Mariae de Bello loco. Escallier nous en a laissé la représentation et la description dans sa "Notice sur l'origine et l'établissement de l'Abbaye Notre-Dame-de-Beaulieu à Sin-le-Noble", parue en 1946 :
Sceau ND Beaulieu Sin.jpg
Sceau (empreinte) ND Beaulieu Sin.jpg


Il représentait donc la Vierge Marie, assise sur une escabelle, tenant de la main droite et du bout des doigts une fleur de lys ; elle porte l'Enfant Jésus assis sur son bras gauche. Ce dernier, vêtu d'une tunique, tient dans sa main gauche une boule, ou globe, et de la droite une fleur de lys.

Bref historique

- 1226 : Installation à Sin-le-Noble.
- 1246 : Le pape (de 1243 à 1254) Innocent IV confirme les droits de l'abbaye.
- 1247 : Nouvelle bulle d'Innocent IV portant sur le même sujet.
- 1269 : Marguerite d'Alsace, "comtesse de Flandre et du Haynaut" leur octroie le courant d'eau passant dans leur domaine.
- Pratiquement 3 siècles se passent ensuite sans trouble ni changement importants, les religieuses se réfugiant, sans doute par un système de souterrains, à l'église de Sin en cas de troubles mineurs, jusqu'à l'éclatement de la guerre opposant la France aux Pays-Bas en 1480, puis jusqu'en 1582 et les troubles causés par les hérétiques et les rebelles de Bouchain, poussant les religieuses à se réfugier à Douai.
Le calme revenu, elles réintégrèrent leur maison de Sin-le-Noble jusqu'en 1622, année où Mansfeld de Haynaul, passé au protestantisme, sème l'épouvante, le sang et les flammes dans le pays.
Les religieuses décident alors d'un transfert définitif à Douai; et par conséquent des biens et reliques qu'elles détenaient à Sin.
Parmi ces reliques figuraient une épine de la couronne du Christ, quelques morceaux de la "vraie Croix", des parcelles du corps de Saint Augustin, deux dents de Saint Jean-Baptiste, quelques os de Saint Anian, évêque d'Orléans (imploré contre les fièvres et pour les secours aux enfants langoureux), et plusieurs reliques des Onze Mille Vierges de Cologne.

L'abbaye de Sin à Douai

Elle se situait dans l'actuelle rue Morel, qui porta d'ailleurs autrefois le nom de "rue de l'Abbaye de Sin".
Monseigneur Boudot, évêque d'Arras, consacra l'église en l'honneur de Saint Augustin en 1627, et y enchâssa des reliques de Saint Paul et de Saint Barthélémi.
lzft
photo extraite de
"Le Trésor Eucharistique et Ecclésiastique de la province de Cambrai",
de l'abbé P. Catrin.
Les sœurs furent autorisées à reprendre les restes et cendres de leurs prédécesseurs au cimetière qu'elles avaient dans leur abbaye à Sin.
Cette translation fut l'occasion de retrouver intact le corps d'une religieuse, Marie, de la maison de Folleville de Burgnie, enterrée là depuis plus de cinquante années, le cœur seul étant réduit en cendres.
Un pèlerinage pour implorer Saint Anian y fut instauré.
Protégées par les remparts de Douai, les religieuses y vécurent une période beaucoup plus calme jusqu'à la Révolution de 1789, qui sonna le glas pour l'abbaye, qui ferme définitivement en 1791. Les bâtiments furent adjugés en 1796 à un certain L..., marchand domicilié à Douai.

Inventaire des biens en argent de l'abbaye

(Extrait des Archives du Nord, liasse 257, inventaire du 1er septembre 1790)
- 6 chandeliers d'argent, au nouveau titre, de 3 pieds environ de hauteur
- une remontrance (genre de grande croix) avec des anges adorateurs en argent, le tout formant une guirlande d'épis de blé, au nouveau titre, le soleil en cuivre doré, surmonté d'une couronne et d'un pélican aussi en argent
- une crosse abbatiale en argent et cuivre doré,
- une croix d'argent avec son Christ, au nouveau titre,
- un goupillon avec le manche couvert en argent,
- 2 flambeaux d'argent, au nouveau titre,
- 6 vases de fleurs,
- 2 cadres garnis en argent, au vieux titre,
- 4 bras servant de reliquaires garnis en argent,
- 6 grands bouquets de fleurs,
- 6 reliquaires garnis en argent et en cuivre doré,
- un encensoir avec sa navette d'argent,
- un calice avec sa patène et cuillère, argent doré,
- un autre calice avec sa patène et cuillère d'argent,
- 2 burettes avec leur plat en argent,
- une petite cloche avec de petites clochettes en argent,
- 2 boîtes en argent,
- une boîte aux saintes-huiles aussi en argent.
L'abbaye possédait aussi 7 tableaux, dont celui du maître-autel.
On pouvait y trouver aussi :
- un mausolée où était enterré le chevalier Hugues de Mastaing, bienfaiteur de l'église de l'abbaye,
- un monument en marbre, sépulture de Jeanne de Werchin, fille de Monseigneur le Sénéchal de Hainault,
- la sépulture de Marie de Montmorency,
- le tombeau d'un roi de France (signalé dans les "Recueils" de François de Bar, qui ne cite toutefois pas de nom).

Liste des abbesses

Prénom(s) NOM Période Observations
Madame AALIS installée en l'an 1233  
Madame ODDA nommée en 1268  
Madame MARGUERITE gouvernante nommée en 1288  
Madame JULIENNE 1295  
Madame HELUIS 1300  
Madame MARIE MULETZ 1310  
Madame Yvette de BONNE-BROUCQUE nommée en 1320 et bénite en 1336 Issue d'une famille noble de Douai.  
PIERRONNE de LYS installée en 1343  
Marie LEJEUNE 1360  
Madame Nicaise BEIL élue en 1368 et sacrée en 1374  
Madame Agnès de LIAU (ou LANNE) bénite en 1376  
Marguerite BONNE-BROUCQUE 1383  
Marie de FRANCE nommée en 1384 et bénite en 1390  
Jeanne NEDOULLE nommée en 1393 et bénite en 1396  
Idoine MARTINE -installée en 1418  
Iolente JANSON gouvernait en 1457  
Allis TURQUETTE bénie en l'an 1478 Décédée en 1497.  
Magdeleine de la VACQUERIE 1497 - 1538  
Jehanne de MONTMORENCY 1538 - 1568 Morte en odeur de sainteté, on la fête le 20 mai. Première abbesse enterrée dans l'abbaye.  
Madame BONNE-BROUX 1568 - 1595  
Anne de LATTRE (plutôt DELATTRE) 1596 - 1608 (1)-Fille du juge de la gouvernance  
Adrienne MOULART 08/06/1608 - 1624 Nièce de Mgr Moulart, évêque d'Arras, elle assure le transfert à Douai. Décédée le 12/1/1624  
Isabelle DASSONVILLE 1624 - 1647 Décédée en 1647  
Isabelle HAUDOUART 1647 - 1682 Décédée le 09/04/1682.  
Élisabeth Rictrude DESPRETS 1683 - 1697 Décédée le 20/01/1697.  
Marguerite CAULLET 16967 - 1711 Décédée en 1711  
Marguerite TRUMERELLE 1712 - 1735 Décédée le 19/2/1735  
Marie-Philippe L'HOSTE 1735 - 1768 Décédée à 69 ans le 13/11/1768  
Marie-Anne-Joseph MORTAGNE de LANDAS 1769 - 1791 décédée le 20/12/1791  
Note (1) : un portrait d'Anne Delattre; du 1er quart du XVIIe siècle, d'un auteur inconnu, est conservé au musée de la Chartreuse à Douai.

Souvenirs restant de l'abbaye à Sin-le-Noble

Devant l'absence de traces archéologiques, seule subsiste comme souvenir de l'abbaye Notre-Dame-de-Beaulieu une plaque commémorative, retrouvée en 1930 à Sin-le-Noble par l'ingénieur Ducœur :
Plaque abbaye Beaulieu Sin.jpg
photo Bernard Gardet, 1984
Le texte de la plaque :
"L AN DE GRACE MILE SEPT CENTS DAME MARIE MARGVERITE CAVLLET ABBESSE DE SIN 0 DOVAI A FAIT BATIR CETTE MAISON EN MEMOIRE DE CE QVE SON ABBAYE A SVBSISTE EN CE LIEV L ESPACE DE TROIS CENT QVATRE VINGT SEIZE ANS ET JVSQVE 1A L AN MEL SIX CENT VINGT DEVX AVQVEL TEMPS POUR CADVICITE DE BATIMENS ET LES MISERES DE LA GVERRE L ABBESSE DES FILLES ET SES RELIGIEVSES SE SONT RETIREES AV DIT DOVAY DANS LE MONASTERE DE NOTRE DAME DE BEAVLIEV DIT DE SIN", soit pour être plus compréhensible :
L'an de grâce mille sept cents, Dame Marie Marguerite Caullet, abbesse de Sin à Douai, a fait bâtir cette maison en mémoire de ce que son abbaye a subsisté en ce lieu, l'espace de trois cent quatre-vingt seize ans et jusqu'à l'an mil six cent vingt-deux, auquel temps pour caducité des bâtiments et des misères de la guerre, l'abbesse des filles et ses religieuses se sont retirées au dit Douai dans le monastère de Beaulieu dit de Sin.
Cette plaque, auparavant scellée dans la cour du couvent des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, a été rescellée au même endroit lors de la reconstruction de la cité Sainte-Barbe. A l'origine, elle était donc apposée à une maison qu'avait fait construire à Sin Marie Marguerite Caullet, mais là aussi, son emplacement reste un mystère. Cette maison fut détruite à la Révolution.
Un autel de l'église Saint-Martin, appelé autel de la Vierge Notre-Dame de Beaulieu, avec reliques de Sainte Aurélie et Sainte Exupérance, toutes deux martyrs, a été consacré le 12 août 1901 par Monseigneur Louis DARTOIS (08/06/1861 - 03/04/1905), apostolique du Dahomey, sacré à Cambrai le 25/07/1901.
Autel ND Beaulieu Sin.jpg
photo Bernard Gardet juin 2006


Peu de souvenirs en fait pour plus de 5 siècles d'une histoire, probablement enjolivée dans la notice d'Escallier ("les religieuses montraient tant de foi, qu'elles apitoyaient les guerriers qui se prosternaient devant elles, par exemple,...)

Branches issues de l'abbaye de Sin

De l'abbaye des "Dames de Sin", sont issus :
- le monastère des Augustines, dit des "Dames anglaises", installé à Paris de 1634 à 1884. Il fut créé par la chapelaine anglaise de l'abbaye, lady Lettice Mary TREDWAY (fin 1593-octobre 1677), entrée à Sin comme novice le 14 juillet 1616 et engagée définitivement le 6 octobre 1617.
- les sœurs Saint-Augustin d'Arras.
- les chanoinesses réformées d'Armentières (1629).

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • "Notice sur l'origine et l'établissement de l'Abbaye Notre-Dame de Beaulieu à Sin le Noble", par le docteur Énée Aimé ESCALLIER, 1846.
  • "Répertoire Historique et Paroissial sur le village de Sin-le-Noble", par l'abbé GAVELLE, édité à Lille en 1931.(vendu uniquement à l'époque à la sortie de la messe du dimanche à l'église St Joseph).